texte écrit en 2005
incroyable
de lire cet étonnat témoignage du temps qui a
passé et tous ces détails et tranches de vies des
années 60 & 70. A ne pas rater, à lire absolument .
![]() Voilà bientôt 41 ans je suis arrivé au Roy d’Es…j'avais quatre ans. Je n’en suis parti que de manière épisodique, pour l’armée, ma formation professionnelle, ma première mutation. Dans tous les cas, je suis resté loin le moins possible allant jusqu’à accumuler des milliers de kilomètres en train pour ne pas rester trop longtemps à l’écart de mon quartier. Plus tard, lorsque j’ai rencontré ma future femme, j’ai trouvé tout naturel de la faire venir ici. C’est dire si je suis bien ici : Mes enfants fréquentent aujourd’hui les mêmes établissements scolaires que moi, dont un à l’inauguration duquel j’étais, en 1965 : l’école primaire Chabrier ! une photo de mon moyen frère (de deux ans mon cadet) a longtemps surplombé l'entrée de la maternelle, en souvenir de cette période, où l’on portait le tablier rose à petits carreaux à la maternelle, puis la blouse bleue au primaire. La seule différence est que les porte-manteaux sont plus bas qu’à l’époque…pourquoi les ont-ils donc abaissés ?
Au début, et ça a duré très longtemps, il y avait "l'école de filles" à gauche, et "l'école de garçons", à droite, mais cela a toujours été mixte (j'étais à l'école de filles!!) Nos maîtresses étaient Mesdames Christophini, Laporte, Maestracci, le directrice Mademoiselle Thurier. J'y ai connu le jeudi de repos, puis nous avons eu le samedi après-midi non "travaillé", quel bonheur! En fait, tout avait commencé dans des baraquements provisoires, dont on ne voit plus que la base en béton, juste avant le stade LEBERT: deux classes en bois, avec une cour entourée d'un grillage. On avait les encriers, le poêle à charbon. Mon institutrice s'appelait Mademoiselle Lipouss, puis il a fallu l'appeler Madame Tholomé, pourquoi ? Ces classes ont servi ensuite, provisoirement de Centre Social, avant d'être détruites. J’ai habité successivement dans la deuxième tranche, avec mes parents, puis la première avec ma femme, sans enfants puis avec, puis dans une tour, une de celles que j’ai tant haï il y a trente cinq ans, lorsque le projet de construction s’est réalisé. A quand la villa ?
En parcourant les rues du quartier, je
rencontre ceux qui usaient les bancs de l’école avec moi, qui
ont eu le même parcours. Leurs enfants suivent, eux aussi, nos
traces,
sont parfois même ensemble en cours. Souvent, ils sont des sortes de clones de leurs parents..ça ne nous rajeunit pas. Lorsque je suis arrivé, je n’ai pas vraiment fait attention à mon environnement ; il était là, c’est tout. Mes souvenirs sont un quartier avec des arbres plus petits, moins d’immeubles, moins de voitures aussi, moins de béton, moins de goudron, plus de verdure. Les pelouses étaient interdites d’accès, surveillées par le « Gardien » (Monsieur Garino) par nos parents et ceux des autres !!! Pas question d’y poser un pied : quand on voit leur état aujourd’hui…les chiens étaient en laisse, moins nombreux aussi. Nous jouions dans le « champ » en face de chez nous, où, durant quelques années, « Monsieur Jean » un clochard (on ne disait pas SDF à l’époque) avait élu domicile au milieu des roseaux, dans un ancien bassin démoli, un ancêtre du « bol » de la vieille chapelle. Nos rollers d’alors n’étaient que des patins à roulettes, gris, avec la clef pour les rallonger au fur et à mesure de notre croissance, et des lanières en cuir pour les attacher. Pas de protections malgré nos nombreuses et inévitables chutes. Les genoux écorchés faisaient partie de notre quotidien et de celui de nos parents : on mettait du « rouge » dessus, et c’était reparti ! On faisait le bonheur des marchands de roulement à billes et de roues en caoutchouc, vite usées. Aujourd’hui, on y trouve « les Jardins de l’Infante » à la place ; les arbres ont grandi et on ne voit plus la mer de la fenêtre de mon ancienne chambre. « Monsieur Jean » a disparu lui aussi, depuis longtemps ![]() En 1964, le docteur avait le
téléphone, pour travailler…mais pas nous : seul un
voisin l’avait dans l’immeuble, on ne pouvait pas le déranger
à chaque fois que l’on voulait voir le docteur, surtout
lorsqu’il y a trois enfants à la maison dont un
bébé.. Le téléphone,
c’était donc moi, qui, à cinq ans, allait deux blocs
plus loin chercher l’homme de l’art pour qu’il vienne ausculter ma
petite sœur, ou mon « moyen »
frère. Aujourd’hui, je ne le ferais pas, non
pas grâce à l’avènement du portable, mais parce
qu’un enfant de cet âge ne se balade pas dans la rue tout seul,
serait-ce au Roy d’Es.
En parlant de téléphone, mes parents avaient un code avec les voisins du dessous : un certain nombre de coups contre le radiateur signifiait « viens sur le balcon j’ai quelque chose à te dire », l’ancêtre du sms ! Plus tard, plus grand aussi, je suis allé faire les courses au « centre » (pas celui de Jarod, dans le Caméléon, heureusement), le centre commercial. Il y avait là tout ce qu’il faut pour éviter d’aller ailleurs : la boulangerie « Mangili », la poissonnerie, le boucher, le marchand de légumes avec sa botte de persil gratuitement rajoutée pour tout achat effectué chez lui « Francis Fidani » (cet homme, qui faisait déjà les livraisons à domicile pour les gens qui en avaient besoin, m’a, suite à un accident de moto, dépanné en prêtant à mon père sa camionnette du magasin pour rapatrier mon engin plus roulant du tout…merci à vous Monsieur, où que vous soyiez aujourd’hui, plus de vingt ans après), la mini grande surface « Una », le « petit casino » dont je croise encore une des caissières, le marchand de jouets Monsieur Bourdet..devant chez qui on passait des heures, regardant les jouets exposés dans la vitrine avec envie !! C'était du vrai lèche-vitrine !! Quel bonheur d'y rentrer "sans toucher" !!! On trouvait aussi le pressing, le
marchand de journaux, le coiffeur avec sa blouse (coupe à la
tondeuse mécanique, il fallait que ce soit
« blanc » derrière, c’était la
bonne hauteur de cheveux !! mais peut-être était-il
plus loin en fait vers l’actuel garage à outils de la
première tranche ..à creuser !) le traiteur,
Monsieur Gaborit, peut-être aussi la pharmacie, mais cela ne
m’a pas beaucoup marqué (!!), la mercerie (pourquoi
m’a-t-elle marqué ?)
![]() Parmi ceux-là, les principaux ne
sont partis que récemment : le boulanger, qui
« reste » toujours au Roy d’Es, pas loin de
l’école, le traiteur, le marchand de journaux ( Monsieur
Romeuf), qui avait ouvert un magasin de sport à l’endroit
où se trouve actuellement le cabinet des médecins,
après avoir tenté d’être location de cassettes
vidéo.
Ces trois commerces, avec le
« primeur », sont restés fidèles
à leur destination première.
La poissonnerie est devenue
auto-école et actuellement, torréfaction ; entre
temps.. j’ai un trou, les lecteurs du site
complèteront.
Le marchand de jouets est devenu un
cabinet de kiné et médecin ; le casino vend
aujourd’hui des appartements, Una est devenu…Casino.
La mercerie est devenue poissonnerie, puis magasin de fleurs, puis cabinet de kiné, puis…rien, on attend ! Plus tard, LA grande surface est
arrivée et a commencé à prendre les clients qui
avaient une voiture : c’est l’ouverture du «Géant
Casino » de La Valentine…on y allait pour faire les
« grosses » courses .
J’oublie « Badallo », le marchand de primeurs installé à l’écart du Centre, dans le sous-sol d’une villa, près de la petite porte du Lycée Marseilleveyre. Depuis, le sous-sol est redevenu..sous-sol, classique cette fois. Bastien, bien connu de nos roydessiens par son salon de coiffure, tenu par ses filles, à côté du torréfacteur, à commencé jeune ici ; il a même eu un mini salon dans la traverse Pourrière ! On y parlait déjà de l'Ohème ! Le dentiste, Monsieur TRABBIA, quant à lui, avait son cabinet chez lui, au n°4 de l'allée Albeniz: j'y allais le soir après l'école, avant les devoirs...rudes journées!! A l’époque, un de mes copains
avait toujours cinq francs à dépenser par jour (ou
presque) à la boulangerie : qu’est-ce qu’il nous faisait
envie avec ses sacs de bonbons à un centime, et la biberine !!!
La phrase magique : "bonjour Madame, je voudrais
cinq francs de bonbons !"Nous étions jaloux du fils du
boulanger, mais pas de celui du marchand de
journaux …aujourd’hui, c’est plutôt lui que
j’envierais.
Mon pire souvenir du centre commercial: un dimanche matin, notre mère nous y envoya pour participer à la brocante en nous y faisant porter tout ce que nous n'utilisions plus.. ![]() Arrivés (très) tôt
le matin, nous avions mon frère, ma soeur et moi, choisi de
nous installer devant la boulangerie.Nous étions les
premiers...et le sommes restés de très longues heures:
elle s'était trompée de dimanche ! Je ne vous dis pas la
honte!! j'en frémis encore.
Le Dimanche, c'était la messe, o b l i g a t o i r e ! à la chapelle provisoire, là où, aujourd'hui se situe le village S.O.S.; j'y allais en traînant les pieds, et c'est souvent que ma mère, qui y venait après nous pour cause de préparation du repas, nous retrouvait dehors en train de jouer !! C'étaient pas les foudres du Seigneur qui nous faisaient rentrer dans l'église....mais celles de notre mère, beaucoup plus efficaces...
Un jour, alors que ma mère
venait me chercher à l’école, elle m’annonça une
GRANDE nouvelle : une surprise m’attendait à la
maison. Je rêvais de jouets, plus beaux les uns que les
autres. Arrivé à la maison, rien
de tout cela ; dans la salle à manger, vierge de tout
meuble, sur une table à quatre longs pieds effilés
posée sur le « gerflex » gris
réglementaire, trônait…une Télévision
(à ce moment là, on disait bêtement le nom en
entier).
Une seule chaîne, en noir et
blanc, des boutons gros et noirs cachés derrière une
petite porte qui fermait à clef, mais ajourée pour
laisser passer le son, le top quoi !
Les programmes ne commençaient que le midi, finissaient vers minuit, interdiction de regarder le soir (on se cachait.. dans le couloir pour voir …pardon papa et maman !) ![]() On jouait sur la « petite
route » (la route derrière l’école Chabrier
qui, clôturée aujourd’hui, sert aux enseignants pour se
garer) qui avait l’avantage de ne pas voir de voitures
circuler…c’était sécurisant pour nos parents qui nous
voyaient de la fenêtre.
On faisait des bateaux en usant des
morceaux d’écorce contre les bordures de trottoir pour leur
donner la bonne forme, quand on ne creusait pas le tronc pour faire
la récolte de la résine, ne me demandez pas pourquoi
faire !!!
Notre terrain de jeux était plus grand puisque le foyer de personnes âgées n’existait pas. Il y avait une scission entre les tranches, la 2° étant plus « huppée » car construite plus tard, sans les erreurs de la 1°. Cela n’a pas empêché la majorité des nouveaux co-propriétaires de personnaliser ces appartements flambant neufs : la chambre mitoyenne du séjour saute allègrement pour faire une grande pièce, avec, au milieu, le poteau de béton qui sert de soutien au reste de l’immeuble ; il n’y a pas de mur maître et que des cloisons de briques. Facile à faire sauter ! Mon père en profite pour faire une cuisine « américaine » avant l’heure, ouverte sur la salle à manger. La cloison de séparation avec le balcon de la cuisine saute aussi. Combien d’appartements sont encore comme sur les plans d’origine aujourd’hui ? (à ce sujet, voir la documentation fournie par la « S.C.I.C. » à tous les nouveaux accédants à la propriété, annexée sur le site. On y voit la multiplicité de petites pièces qui a poussé les gens à aérer un peu les surfaces…l’architecte, père d’une copine de classe, encore au Roy d’Es aujourd’hui, a dû s’en arracher les cheveux, ce qui était une performance, lui qui était surnommé « Jésus Christ » à cause de ses cheveux longs et de sa barbe..). Chaque fois qu'un propiétaire entendait des coups de marteau, il se renseignait sur leur origine, regardait si cette modification lui plaisait..et faisait pareil !!! Combien de cloisons poussées (même de nuit, n'est ce pas Guy ??), d'entrées de salle de bain déplacées car, face à l'entrée de l'appartement, elles laissaient entrevoir tout ce qu'y s'y passait!!! (n'est-ce pas Nicole ??) Le gerflex gris (noir à la première tranche, évolution, là aussi !) a vite rejoint les débris des cloisons : décollé au fer à repasser il a été remplacé par, ici de la moquette, là du carrelage. J’allais à la ferme, située à l’endroit où, aujourd’hui se tient la résidence « le hameau du Roy d’Espagne », pour chercher du lait frais. On allait jouer à la sablière, près de l’actuelle Tour 8, revenant les « tennis » pleins de sable (j’aurais dû les garder vu le prix que ça coûte aujourd’hui !!!).
C’était pas l’expédition de Pagnol, mais pas loin ! Quel progrès quand sont sortis les gros tickets chacun d’eux remplaçant trois ou quatre petits ; il y avait plusieurs Sections suivant la distance que l’on voulait parcourir ; il fallait « seulement » un ticket par section !! LE progrès, je vous dis ! La Pyramide nous fascinait, mystérieuse à souhait et pas encore taguée et vandalisée. En sport : le foot dominait déjà, et les grands clubs étaient le SMUC et Mazargues ; Le MSO a été créé bien après, j’avais déjà au moins 15 ans ! Le tennis n’existait qu’en haut du Roy d’ES, l’actuel SCM (voir lien sur le site ) et était plutôt réservé à une certaine élite ; aujourd’hui, c’est plus convivial, et on trouve même trois clubs dans le quartier: mes enfants y jouent maintenant.On allait à la plage à pied (nous le faisons encore aujourd’hui, trop de problèmes de stationnement ; à l’époque, c’était le contraire : pas assez de voitures, pour nous amener) J’y reviendrai certainement au fur et à mesure de mes souvenirs ; profitez-en pour faire des commentaires, des compléments. A tout de suite au Roy
d’Es !
Patrick Raspail 2005 ![]() |