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Monsieur Henri
BLANC (80 ans en 2004) est né tout près d'ici, dans le
quartier de la grotte Rolland en 1924, du temps ou le
quartier du Roy d'Espagne n'existait pas encore. Arrivé
ici parmi les premiers, il emménagea en 1965 en
deuxième tranche et y réside toujours
depuis.
Gentiment, il a
accepté de nous raconter ses souvenirs, ses
anecdotes, de nous décrire les paysages et la
construction du quartier.
Merci beaucoup
monsieur BLANC pour ce témoignage que vous avez bien
voulu partager avec tous, merci également à
madame BLANC et madame GALLIANO, qui étaient
présentes ce jour là pour les
précisions qu’elles ont bien voulu apporter.
Je m’appelle
Henri BLANC, je suis né en 1924 dans le quartier de
la grotte Rolland à deux pas d’ici. J’habite le Roy
d’Espagne depuis 1965 en deuxième tranche qui a fait
suite à la première tranche
commercialisée en 1962 véritable date de la
naissance du quartier. Avant cette date ces lieux
n’étaient occupés que par des champs, des
bastides et deux châteaux : Le château du Roi
d’Espagne et le château Musso, ces deux domaines
recouvrant l’ensemble du quartier actuel.
J'avais dix ans,
je me souviens de mes jeux d’enfants dans les grandes
pinèdes environnantes. Ici, c’était la
campagne, des champs partout et des pinèdes profondes
où nous venions jouer. Je me souviens du
château MUSSO mais pas du château du ROI
D’ESPAGNE qui avait peut être déjà
été démoli.
Dans ces bois
nous venions avec les scouts passer des journées
mémorables, c’était un lieu de promenade
très fréquenté. Après nos jeux,
nous allions tous au château PASTRE chez la comtesse,
véritable bienfaitrice de tous, qui nous
préparait des repas extraordinaires. Quelle grande
Dame, gentille et généreuse, toujours bien
mise, en pantalon avec des grands chapeaux, en voiture
décapotable.
Ma mère a
même travaillé chez elle pendant la guerre,
elle allait y faire un peu de couture et de ménage.
Elle a assisté aux bienfaits de celle-ci qui cachait
des gens, des poètes des musiciens des artistes qui
fuyaient devant la répression allemande. Il y avait
des Russes des Polonais etc... elle les cachait quelques
temps et ensuite les faisait passer vers l’Espagne par les
Pyrénées.
Pendant la
guerre de 14-18, ma mère m’a raconté que
l’armée des Indes Anglaise a été
cantonnée ici et au parc Borély,
c’était un grand camp de tentes remplis d’Indiens qui
faisaient très peur aux dames du coin, car parait-il
qu’il y aurait eu des viols. Il y a eu ensuite des
épidémies et les cérémonies
funéraires indiennes avaient lieu au fortin pour les
crémations devant la mer.
Ces bois
étaient le paradis des patronages, des scouts et des
jockeys qui y entraînait leur chevaux qui venaient de
BONNEVEINE où il y avait au moins une vingtaine
d’écuries. Nous rencontrions de temps en temps les
randonneurs qui partaient dans le massif quand nous, nous
ramassions les « PIGNONS », nous les cassions pour
les vendre au pâtissier. Il nous payait en croissants,
en pains au chocolat et en gâteaux: pour nous
c’était la belle vie.
Entre Bonneveine
et Mazargues, c’était le domaine des maraîchers
avec des champs partout. Des « travioles » petits
chemins d’un mètre cinquante de large en terre battue
bordés de murets qui sillonnaient la campagne. Mon
angoisse était d’y croiser des cavaliers. J’ai
toujours eu peur des chevaux et leurs cavaliers me croisant,
sentant cette peur, faisait ruer leur monture m’obligeant
à grimper sur le premier poteau ou mur
disponible.
Il y avait
beaucoup d’écuries, de porcheries, de
maraîchers on y vidait « la torpille » la
charrette à tinette du coin conduite par « moule
à gaufre » qui vidait son chargement
nauséabond chez les producteurs de légumes. Du
bon fumier pour faire pousser les légumes
!!!
L’année
du lancement de la première tranche du quartier
correspond au rapatriement des « pieds-noirs »
d’Algérie, beaucoup se sont installés ici,
nombreux venant de CONSTANTINE. Les derniers mois des
constructions se sont déroulées en
accéléré afin de pouvoir accueillir
à temps les futurs habitants.
A
l’entrée du parc sur le chemin d’accès
subsistait le portail en fer forgé de l’ancien
château MUSSO qui se trouvait devant la boulangerie.
Avant la construction de la première tranche une
majestueuse allée de châtaigniers gigantesques
montait jusque au niveau des chaufferies actuelles.
Lorsqu’ils étaient tous en fleurs, c’était
magnifique. Au bout de l’allée, il y avait un grand
champ de lavandes.
Pour la
deuxième tranche, la commercialisation a
été entachée d’un scandale terrible. En
effet, la commerciale en poste attribuait les appartements
en échange d’un pot de vin de 5.000 frs . Nous
mêmes, nous nous étions présentés
pour acheter mais, la première fois on nous avait
répondu que tous les appartements étaient
déjà vendus. Un jour, alors que nous nous
promenions près du chantier en cours, nous avons
appris l’existence de ce trafic et l’arrestation puis
l’incarcération de cette dame peu scrupuleuse. Nous
sommes retournés au bureau de vente, rue Saint
Jacques, et cette fois le nouveau commercial nous proposa un
appartement que nous avons acheté et où nous
vivons toujours aujourd’hui.
Les tours ont
été construites au début des
années 70. Leur construction s’est
décidée à très peu de chose
puisque non prévues dans l’aménagement du
quartier les dix tours ont été
rajoutées lors d’une séance entre les
décideurs où un vote fût
nécessaire pour départager l’assemblée.
La création des tours fut alors
décidée, de justesse, à une seule voix
près. Il y avait même un supermarché de
prévu juste devant le 2 allée Albéniz.
Des baraques de chantiers ont été
installées pour le début des travaux qui
finalement n’ont jamais débuté. Les
commerçants du centre commercial se seraient
opposés au projet.
Autre style de
projet non abouti, une rumeur circulait à
l’époque que la COFINEC société de
Monsieur POMPIDOU aurait eu l’intention de créer un
complexe hôtelier sur les hauteurs du ROY D’ESPAGNE,
sur le plateau du château d’eau. Il avait même
prévu une piste d’hélicoptère.

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