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Le témoignage
d'HENRI BLANC

(témoignage reccueilli le 16 mars 2004)


Monsieur Henri BLANC (80 ans en 2004) est né tout près d'ici, dans le quartier de la grotte Rolland en 1924, du temps ou le quartier du Roy d'Espagne n'existait pas encore. Arrivé ici parmi les premiers, il emménagea en 1965 en deuxième tranche et y réside toujours depuis.

Gentiment, il a accepté de nous raconter ses souvenirs, ses anecdotes, de nous décrire les paysages et la construction du quartier.


Merci beaucoup monsieur BLANC pour ce témoignage que vous avez bien voulu partager avec tous, merci également à madame BLANC et madame GALLIANO, qui étaient présentes ce jour là pour les précisions qu’elles ont bien voulu apporter.


Je m’appelle Henri BLANC, je suis né en 1924 dans le quartier de la grotte Rolland à deux pas d’ici. J’habite le Roy d’Espagne depuis 1965 en deuxième tranche qui a fait suite à la première tranche commercialisée en 1962 véritable date de la naissance du quartier. Avant cette date ces lieux n’étaient occupés que par des champs, des bastides et deux châteaux : Le château du Roi d’Espagne et le château Musso, ces deux domaines recouvrant l’ensemble du quartier actuel.

J'avais dix ans, je me souviens de mes jeux d’enfants dans les grandes pinèdes environnantes. Ici, c’était la campagne, des champs partout et des pinèdes profondes où nous venions jouer. Je me souviens du château MUSSO mais pas du château du ROI D’ESPAGNE qui avait peut être déjà été démoli.

Dans ces bois nous venions avec les scouts passer des journées mémorables, c’était un lieu de promenade très fréquenté. Après nos jeux, nous allions tous au château PASTRE chez la comtesse, véritable bienfaitrice de tous, qui nous préparait des repas extraordinaires. Quelle grande Dame, gentille et généreuse, toujours bien mise, en pantalon avec des grands chapeaux, en voiture décapotable.

Ma mère a même travaillé chez elle pendant la guerre, elle allait y faire un peu de couture et de ménage. Elle a assisté aux bienfaits de celle-ci qui cachait des gens, des poètes des musiciens des artistes qui fuyaient devant la répression allemande. Il y avait des Russes des Polonais etc... elle les cachait quelques temps et ensuite les faisait passer vers l’Espagne par les Pyrénées.

Pendant la guerre de 14-18, ma mère m’a raconté que l’armée des Indes Anglaise a été cantonnée ici et au parc Borély, c’était un grand camp de tentes remplis d’Indiens qui faisaient très peur aux dames du coin, car parait-il qu’il y aurait eu des viols. Il y a eu ensuite des épidémies et les cérémonies funéraires indiennes avaient lieu au fortin pour les crémations devant la mer.

Ces bois étaient le paradis des patronages, des scouts et des jockeys qui y entraînait leur chevaux qui venaient de BONNEVEINE où il y avait au moins une vingtaine d’écuries. Nous rencontrions de temps en temps les randonneurs qui partaient dans le massif quand nous, nous ramassions les « PIGNONS », nous les cassions pour les vendre au pâtissier. Il nous payait en croissants, en pains au chocolat et en gâteaux: pour nous c’était la belle vie.

Entre Bonneveine et Mazargues, c’était le domaine des maraîchers avec des champs partout. Des « travioles » petits chemins d’un mètre cinquante de large en terre battue bordés de murets qui sillonnaient la campagne. Mon angoisse était d’y croiser des cavaliers. J’ai toujours eu peur des chevaux et leurs cavaliers me croisant, sentant cette peur, faisait ruer leur monture m’obligeant à grimper sur le premier poteau ou mur disponible.

Il y avait beaucoup d’écuries, de porcheries, de maraîchers on y vidait « la torpille » la charrette à tinette du coin conduite par « moule à gaufre » qui vidait son chargement nauséabond chez les producteurs de légumes. Du bon fumier pour faire pousser les légumes !!!

L’année du lancement de la première tranche du quartier correspond au rapatriement des « pieds-noirs » d’Algérie, beaucoup se sont installés ici, nombreux venant de CONSTANTINE. Les derniers mois des constructions se sont déroulées en accéléré afin de pouvoir accueillir à temps les futurs habitants.

A l’entrée du parc sur le chemin d’accès subsistait le portail en fer forgé de l’ancien château MUSSO qui se trouvait devant la boulangerie. Avant la construction de la première tranche une majestueuse allée de châtaigniers gigantesques montait jusque au niveau des chaufferies actuelles. Lorsqu’ils étaient tous en fleurs, c’était magnifique. Au bout de l’allée, il y avait un grand champ de lavandes.

Pour la deuxième tranche, la commercialisation a été entachée d’un scandale terrible. En effet, la commerciale en poste attribuait les appartements en échange d’un pot de vin de 5.000 frs . Nous mêmes, nous nous étions présentés pour acheter mais, la première fois on nous avait répondu que tous les appartements étaient déjà vendus. Un jour, alors que nous nous promenions près du chantier en cours, nous avons appris l’existence de ce trafic et l’arrestation puis l’incarcération de cette dame peu scrupuleuse. Nous sommes retournés au bureau de vente, rue Saint Jacques, et cette fois le nouveau commercial nous proposa un appartement que nous avons acheté et où nous vivons toujours aujourd’hui.

Les tours ont été construites au début des années 70. Leur construction s’est décidée à très peu de chose puisque non prévues dans l’aménagement du quartier les dix tours ont été rajoutées lors d’une séance entre les décideurs où un vote fût nécessaire pour départager l’assemblée. La création des tours fut alors décidée, de justesse, à une seule voix près. Il y avait même un supermarché de prévu juste devant le 2 allée Albéniz. Des baraques de chantiers ont été installées pour le début des travaux qui finalement n’ont jamais débuté. Les commerçants du centre commercial se seraient opposés au projet.

Autre style de projet non abouti, une rumeur circulait à l’époque que la COFINEC société de Monsieur POMPIDOU aurait eu l’intention de créer un complexe hôtelier sur les hauteurs du ROY D’ESPAGNE, sur le plateau du château d’eau. Il avait même prévu une piste d’hélicoptère.