CHARLES IV,
UN ROI D'ESPAGNE

EN EXIL A MARSEILLE

Premiére mise en ligne de la page en octobre 1998.
Dernière actualisation : 09 mars 2009

"Notre quartier se nomme ainsi suite à la visite

d'un roi espagnol il y a bien longtemps ..."

Combien de fois avez-vous entendu prononcer cette phrase ? 
Combien de fois l'avez-vous vous même prononcée ?

Mais savez-vous vraiment qui était ce roi et quelles étaient les raisons de sa présence à Marseille ?

Sachez qu'en son temps, la sensation que produisirent l'arrivée et le séjour du roi d'Espagne à Marseille fut extraordinaire.

Son passage, chez nous aura marqué à jamais l'histoire de ce joli coin
de verdure au sud-est de la ville.

Alors, qui était donc ce roi, et pourquoi le quartier porte-t-il son nom aujourd'hui ?


Vous allez le découvrir ci-dessous...

 

Charles IV est né le 11 novembre 1748 à PORTICI (proche de Naples en Italie), 
descendant de Louis XIV il fait partie de la famille des BOURBONS

En 1765, à 17 ans, il épouse Marie-Louise de Parme (sa cousine germaine agée de 13 ans).
Ils auront douze enfants parmi lesquels le futur roi Ferdinand VII. 

Il monte sur le trône d'Espagne, à l’âge de quarante ans, en 1788.

Après la mort de son père, Charles IV, désormais nouveau roi, 
avait conservé Floridablanca (le Ministre Principal de son père) pour mener son gouvernement, puis il nomma temporairement Aranda, avant d'installer Manuel Godoy en 1792. L'arrivée au pouvoir de
ce dernier tenait surtout à la volonté du couple de souverains espagnols d’avoir un ministre qui leur devrait son élévation.

Charles IV, roi catholique, souffrait de carences graves du 
caractère et de l'intelligence, il était apathique, sans volonté et 
jaloux de sa tranquillité, il était de plus le jouet de son épouse. 

La reine, Marie-Louise de Parme, quoiqu'elle lui fut très 
supérieure, était aussi autoritaire et intrigante que dépourvue 
de qualités de gouvernement. Quant à Godoy, leur favori et 
ministre principal, il ne put ou ne sut dominer le cours des 
événements qui allaient entraîner la chute du roi Charles IV.

La conception de Charles IV du métier de roi était éloignée de tout effort sérieux 
d'information, de réflexion et de décision. Il se comportait comme le propriétaire 
d'un vaste domaine (la monarchie espagnole) que son intendant (le ministre principal)
devait administrer à sa place en lui rendant brièvement compte. L'essentiel de son temps était consacré aux exercices de piété, à la musique qu'il aimait mais qu'il exécutait assez mal, à la chasse, aux visites des écuries et des ateliers du palais, et aux travaux manuels dans lesquels il excellait.

Son règne de 1788 à 1808 fut marqué par ses nombreuses disputes avec son fils aîné 
Ferdinand qui défrayaient la chronique de Madrid. Ferdinand, haïssait GODOY, haine partagée d'ailleurs par le reste du pays. L'arrestation du jeune prince, pour conspiration, par GODOY fit éclater au grand jour une crise latente depuis des années. 

Le 17 mars 1808, des émeutes restées célèbres en Espagne enflammèrent le Pays.
NAPOLEON, alors à son apogée, sentit le parti qu'il pourrait tirer de cette situation. Il s'arrangea pour faire venir jusqu'à lui à Bayonne : Charles IV (qui venait d'abdiquer, effrayé par les émeutes, au profit de son fils) GODOY (l'ex-ministre principal, qui venait de passer quelque temps au cachot) et FERDINAND VII (le fils et donc nouveau roi).

Cette entrevue se déroula fort mal, surtout entre les membres de la famille royale qui se 
déchiraient (la reine demanda même à Napoléon de faire guillotiner son fils). Le 5 mai 1808 (Napoléon et Charles IV forcèrent alors Ferdinand à abdiquer à son tour puis l'empereur expédia l'ancienne famille royale au complet en exil (mais pas ensemble, les chemins du père et du fils se séparèrent définitivement) et plaça sur le trône d'Espagne son frère Joseph.

Le règlement de comptes: l'entrevu entre CHARLES IV et son fils FERDINAND VII avec NAPOLEON
en présence de MARIE-LOUISE ne fut qu'une succession d'insultes ou NAPOLEON
tira son épingle du jeu pour récupérer la couronne d'Espagne et placer son frère Joseph sur le trône.
Les anciens maîtres de l'Espagne partiront en exil, mais chacun de leur côté.
Gravure de PINELLI - PARIS musée MARMOTTAN.

Le souverain déchu Charles IV, se vit proposer comme terres et chateaux d'exil 
Compiègne (en viager) ou Chambord (en pleine propriété). On lui assurait, 
en outre, une rente de  trente millions de Réaux. 

Quant à Ferdinand, on lui accordait le chateau de Navarre et une rente d'un million de francs. Tous les membres de la famille royale touchaient, de part ces accords de Narbonne, de fortes indemnités et une rente de 400.000 francs par an.

Ce n'était vraiment pas acheter trop cher la succession des Habsbourgs et des bourbons.

Charles IV choisit de s'installer à Compiègne et il quitta rapidement, et le premier, la cité de BAYONNE. On le vit d'abord passer à POITIER ou le cortége royal marqua la population: Les vieux souverains avaient gardé leurs carrosses de céréminie, énormes caisses dorées gravés aux armes de la maison des BOURBONS, garnies de glaces de tous cotés " de telles sorte que les voyageurs étaient condamnés à se tenir debout sur leur siéges, sans pouvoir s'appuyer. Les caisses étaient suspendues par des courroies de cuir blanc dans un cadre de quatre énormes madriers carrés, auquel il avait été difficile d'ajuster un attelage de chevaux de poste. 

A coups de petites journées de route, les souverains déchues s'acheminérent à FONTAINEBLEAU où, grace au préfet, ils furent reçus avec tous les honneurs dus à leur rang, puis sur Compiègne, où ils trouvérent enfin le repos.

Le roi et sa suite ne se virent attribuer en fait à Compiègne que des appartements 
véritablement mesquin au vu de son rang. Il réclama à Napoléon, comme le traité de Bayonne lui en donnait le droit, le chateau de Chambord.

Cette demande fut éludée et on lui proposa en remplacement la douceur du climat de la méditérannée. Le roi demanda alors à partir à NICE car, d'ailleurs la santé du monarque 
s'accommodait fort mal d'un séjour humide et froid dans la partir nord de la France.

En effet, le royal proscrit tomba malade lors dès son départ en exil avec un rhumatisme aigue qui lui paralysa partiellement les jambes.

En juillet 1808, un courrier de NAPOLEON à DUROC le confirme: 

"Le roi désire aller à NICE ? il peut partir aussitôt qu'il voudra. Il voyagera incognito ou comme roi. S'il voulait aller à Menton je ne sais si le chateau du prince de MONACO est en état de le recevoir. Il pourra du reste aller s'y promener et voir s'il peut s'y fixer."

Charles IV ne donna pas suite à sa premiére idée et demanda seulement à partir pour le midi de la France.

Il quitta COMPIEGNE en septembre 1808 et s'achemina à lentes jounées vers le sud du pays.

Un roi velléitaire Charles IV,
une reine débauchée, Marie-Louise, 
un prince héritier sans scrupule, Ferdinand, sont les principaux 
membres de cette famille pourtant royale.

Peinture de Goya de 1880 - Musée du prado à Madrid

 

Le mardi 04 octobre 1808, entre cinq et six heures du soir, Charles IV arrivait à Aix en Provence et descendit à l'hotel MAURELLET DE LA ROQUETTE*. Leur entrée dans AIX fut silencieuse et sombre en présence de seulement quelques badauds sur le cours.

Le roi n'aurait pas demandé mieux que se fixer dans cette ville dont le climat lui convenait et dont l'aspect exterieur l'avait séduit. Il désirait même louer l'hotel d'Albertas mais les appartements ne suffisaient pas pour loger toute la cour. On envisagea alors de louer toutes les maisons attenantes de l'ilot et de les relier ensuite. Mais cela ne se fît pas à cause des  exigences des propriétaires.

* L'hotel du Marquis MAURELLET DE LA ROQUETTE, seigneur de CABRIES, pendu sur le Cours d'AIX à un réverbére le 14 décembre 1792 avec PASCALIS (avocat) et DE GUIRAMAN (chevalier de Saint Louis) transformé en Hotellerie peu après.

Le roi se décida alors, le 12 octobre a partir pour une ville voisine ... Marseille !

Le cortége royal quitta Aix le 15 octobre pour se diriger vers la campagne Marseillaise et plus précisément le village de de St Joseph où le général Anthoine*, baron de saint Joseph et maire de Marseille proposa sa maison de campagne au roi.

Le Baron Anthoine le mari de Marie-Rose CLARY, une des soeurs de Désirée et Julie et par conséquent beau-frére de Joseph BONAPARTE nouveau roi d'Espagne depuis l'entrevu de Bayonne était tout désigné pour surveiller le roi déchu.

Ainsi donc, le premier chateau du roi d'Espagne à Marseille, ne fut pas celui de Mazargues mais pour quelques jours celui de St Joseph.

Le chateau de Saint Joseph était assez vaste et confortable pour acceuillir le roi et sa nombreuse suite dans de très bonnes conditions. Les écuries du chateau aménagées par un précédant propriétaire ( le Baron HUGUES, officier de cavalerie) permirent le séjour des 200 chevaux et carosses. Néanmoins la police impériale ne souhaita pas que le roi s'y installe définitivement, mis son véto et l'obligea à s'établir dans MARSEILLE intra muros afin de mieux pouvoir le surveiller.

Les autorités de la Cité furent bien embarrassées pour loger le monarque car les palais étaient rares dans une ville de commerce comme Marseille. 

Le préfet THIBAUDEAU fut bien ennuyé par l'arrivée de ces têtes courronnées; 
peu content de cotoyer un roi il senti rapidement que ces hotes encombrants allait lui créer quelques soucis supplémentaires.

Finalement, on réquisitiona, dans l'enceinte de la ville, l'hotel d'Estienne MAJASTRE auquel on adjoignit deux grandes maisons contiguës, dans la rue Mazade (la rue Mazade était la partie de la rue Montgrand qui va de la rue Paradis à la rue de Rome) ou le roi pourra enfin s'installer paisiblement et ... durablement.

En toute hâte on ouvrit les communications nécéssaires, on apporta tant bien que mal le mobilier indispensable.

Trois jours seulement après son arrivée à SAINT JOSEPH, CHARLES IV entra, avec faste, dans Marseille le 18 Octobre 1808. L'arrivée de la suite royale fut un événement considérable qui excita la curiosité du peuple Marseillais. 

Nos ascendants incrédules virent alors passer un cortège insensé depuis la Révolution près de vingt ans plus tôt : Carrosses rutilants et pur sangs formaient une fière colonne, la suite du roi était composée de deux cent cinquante personnes et plus de deux cents chevaux. 

Charles IV, roi détronné d'Espagne, sa femme Louise-marie-Thérése De Bourdon de 
Parme et deux infants : Don Antonio et Don François de Paule dans un lourd carrosse doré tiré par six mules blanches se fraya un passage difficilement parmi la foule Marseillaise, dans l'ensemble plus Bourdonniens que Bonapartistes, qui s'amusait à crier "vive le roi"

Avec eux arriva également l'équivoque et tout puissant favori Manuel GODOY, Prince de la Paix (surnom dû à un antérieur traité de paix entre les Français et les Espagnol), inséparable confident du roi et de la reine.

Un train interminable d'équipages pompeux passa sous la porte d'Aix transportant les seigneurs et dames de la cour, sept à huit prêtres, deux médecins, un intendant, un caissier et deux commis aux écritures, le majordome, les cuisiniers, sommeliers, pâtissiers, glaciers, valets, femmes de chambres, personnels des écuries, etc ... 

MARIE-LOUISE REINE D'ESPAGNE

autoritaire et cynique, elle prit pour amant le ministre principal de son mari : GODOY , avec l'aide duquel elle gouverna et le roi et l'Espagne. Mère dénaturée d'un fils indigne qui complota contre elle, elle demanda, sans succès, à Napoléon lors de la réunion de Bayonne d'envoyer son fils à la guillotine. Elle fit arrêter son amant puis l'emmena avec elle dans ses résidences d'exil. Elle eu douze enfants dont les deux derniers ressemblèrent étrangement à GODOY.

Peinture de GOYA - Académie royale d'histoire -MADRID.

 Lorsque le cortége arriva rue Mazade, on vit alors le roi sortir avec difficulté de son carrosse. Sous l'effet d'une violente crise de goutte, c'est juché sur un matelas porté par quatre laquais qu'il prit enfin posessions de ses nouveaux appartements.

La sciatique royale fût tenace et dura plusieurs mois. le repos, enfin, et les bons soins des médecins Espagnol et Marseillais* firent peu a peu leur effet et le roi retrouva lentement mais surement l'usage de ses jambes.

Monsieur SORIA, premier médecin du roi et monsieur LACATA, premier chirurgien échangérent rapidement avec la faculté Marseillaise et ses médecins qu'ils requiérent pour soigner efficacement leur maitre.

Enfin fixé, le roi sembla apprécier sa nouvelle cité, rétablit, il aimait se promener dans les ruelles des quartiers du port, et se mêler aux petites gens, il devenait de fait très populaire auprès de nos concitoyens. 

Il déanbulait dans les vieilles ruelles Marseillaises s’appuyant sur une canne de bambou 
qu’il ne quittait jamais, vêtu, comme à l’ordinaire de son habit de drap très fin de couleur 
noisette, col à la vieille mode, manchette de batiste, culotte courte, gilet blanc, le tout très 
ample ; chapeau rond, bottes à revers ; une imperceptible décoration à la boutonnière.

Il était de haute taille et très vigoureux malgré ses soixante ans, et très alerte, malgré les 
attaques de goutte qui souvent le harcelaient, il marchait le buste en arrière et la tête droite, tel qu’on le voit sur les tableaux de Goya. Ses cheveux blancs, drus encore pour son age, mais qu’il tenait courts, accentuaient la fraicheur de son teint plutôt coloré et tirant sur le blond.

La reine, elle par contre, quittait rarement ses appartements de la rue Mazade, au contraire du roi qui multipliait les sorties et les contacts avec la population. Un jour le roi, fourbu par une longue promenade, demanda à un brave homme, sur le perron d'une maison des vieux quartiers, l'autorisation d'utiliser sa chaise pour souffler un peu.

Le marseillais, affable et qui n'avait pas reconnu le monarque, prêta bien volontiers sa 
misérable chaise de bois afin d'accueillir le royal fessier. Après un moment de discussion, 
le roi , reposé, se leva, et en remerciant le brave homme lui glissa une pièce d'or dans la main. Le Marseillais comprit alors à qui il avait eu à faire et en souvenir de ce moment, il accrocha sa chaise, qui avait accueilli un authentique roi, à la charpente de sa maison avec interdiction à quiconque de s'asseoir dessus.

Manuel GODOY, surnommé le "Prince de la Paix" : Intelligent et ambitieux mais lâche et cupide, le Ministre Principal du roi et favori de la reine était détesté par le peuple espagnol. Emprisonné lors des émeutes de mars 1808, il accompagna le couple royal en exil après la réunion de Bayonne du 05 mai 1808 avec Napoléon.

peinture de GOYA

si le séjour dans la ville était favorable l'hiver, le roi manifesta, à l'arrivée des beaux jours, 
le désir de trouver pour l'été une campagne, dans les environs, où il put passer la belle saison moins à l'étroit que dans ses appartements rue Mazade. 

Peut-être sur les conseils de NAPOLEON qui connaissait fort bien les lieux pour avoir 
batifolé dans les pins du secteur avec Désiré CLARY, le roi loua le domaine et la "maison de campagne" (en fait un petit château) qu'un sieur BASTIDE (négociant Marseillais) avait fait construire sur la commune de MAZARGUES (un petit village, vers l'est à six kilomètres de MARSEILLE).

Il le loua d'abord puis en fit l'acquisition en 1811, le tout avec le consentement 
NAPOLEONIEN, à la grande joie des royalistes du coin qui croyaient trouver dans cette 
emplette l'assurance de conserver au milieu d'eux l'illustre proscrit.

Le roi y vécu avec une certaine insouciance, semblant avoir pris son parti des événements, partageant son temps entre les promenades à pieds, à cheval ou en voiture, le violon, le billard, les jeux de calcul et la chasse.

De son temps sur le trone d'Espagne, il avait été grand chasseur, mettant en mouvement tous les jours de l’année, sauf les mercredis, jeudis et vendredis saints, consacrés aux 
processions, près de cinq cents chevaux et de sept cents hommes. Mazargues et ses environs avait réveillé en lui sa passion favorite. Mais il n’y avait ici ni gros gibier, ni piqueur ni meute et il se contentait de chasser aux cailles.

On les prenait au filet et on les répandait à travers les vignes. Il était excellent tireur et portait toujours avec lui un petit sac plein de pierres à fusil, comme les bourgeois 
Marseillais qui chassaient le dimanche dans les collines aux alentours.

L’étrange physionomie d’ailleurs que celle de ce roi là ; doux affable, simple et bon et 
capable en même temps de se laisser aller aux pires violences aux pires brutalités. Il se 
plaisait à causer familièrement avec ses palefreniers et, à propos de rien, les rossait à les 
laissait pour mort.

La préférence qu’il avait pour les personnages de son entourage se manifestait par des 
plaisanteries désobligeantes et par une dérision cruelle sur leur disgrâces personnelles, 
par des coups violents et de toute sa force ce qui le faisait rire aux larmes.

Amoureux, chaste et dévot, scrupuleux au point qu’il s’était éloigné de la reine le jour ou 
il n’espéra plus en avoir d’enfants, ou (s’il faut en croire Lucien BONAPARTE, frère de 
l'Empereur des Français Ambassadeur de France à Madrid à cette époque
) le jour ou on lui 
prouva qu’user du mariage était nuisible pour la santé et malgré cela conservant pour elle 
une tendresse passionné qui ne faiblit jamais dans son cœur.

Ne buvant que de l’eau mais mangeant à en effrayer, subissant toutes les influences prenant 
aussitôt le style et les formes de ceux qui l’entouraient. Plein de bonnes intentions mais 
dénué de volonté et faible d’esprit et pour ce qui était de la conduite de la reine, si crédule, 
si aveugle, si incapable de croire au mal, qu’il ne soupçonna jamais rien d’un désordre qui 
durait depuis plus de trente ans et sur lequel l’existence de deux enfants dont la 
ressemblance était frappante avec Godoy ne parvint à lui ouvrir les yeux.

Le roi ne restait guère en place:
Les Marseillais de l'époque
disaient de lui "es toujou per oto"
(il est toujours en balade).

Chaque matin, le roi dans son 
carrosse doré, tiré par ses six 
mules blanches, se rendait à camoins les 
bains pour y faire une cure. 

A midi, de retour au chateau, il y 
déjeunait puis entamait une sieste rituelle dans un fauteuil rose.

Tant que la famille DOUBLE a été
propriétaire du château, on a pu y voir ce fameux fauteuil rose, il a disparu ensuite.



Le roi ne dormait jamais au château, en fin de journée, il s'empressait de rentrer en ville
dans ses appartements de la rue Mazade. C'était une condition de la Préfecture (il était étroitement surveillé par la police impériale, voir plus bas) et avait instruction formelle
de rentrer impérativement chaque soir dormir en ville.

La reine, par contre, y restait volontiers. 

Elle organisait souvent, avec GODOY, des petits bals champêtres ou elle conviait une partie de la jeunesse environnante. Ceux-ci se présentaient aux grilles du chateau avec comme présents des fleurs et des fruits qu'ils offraient à la reine. On dansait sur la terrasse du chateau jusqu'à la nuit.

Timbre Espagnol caricaturant le roi Charles IV

Marie-Louise de parme approchait donc la soixantaine lors de son passage Marseillais. 
Sans beauté mais toujours avide de plaire, elle avait abdiqué d'aucune de ses prétentions 
et des coquetteries qui faisaient dire en son temps à Lucien Bonaparte que les filles les 
plus affichées de MADRID ne se vêtaient pas avec une indécence plus ridicule. Et 
cependant, déjà, elle mangeait seule parce qu’elle était soumise à un régime particulier, 
à cause de la perte de ses dents.Trois ouvriers, attachés à sa suite, étaient occupés à lui 
préparer et fournir son repas.

Nulle femme, poursuit Lucien BONAPARTE, ne ment avec plus d’assurance et n’a une 
perfidie plus concentrée. Antidévote et même incrédule, mais faible et timide à l’excès, 
l’apparence du moindre danger lui fait éprouver toutes les terreurs de la superstition et 
on la voit alors se couvrir de reliques et de chapelets lorsque le tonerre se fait entendre. 

Frivole et ignorante, entêté et capricieuse, dévorée d’ambition, elle avait trente quatre 
ans, une imagination troublée des sens inquiets sans aucun frein de vertu ou de religion, 
écrit Albert SAUREL, quand elle monta sur le trône.

Godoy était un gentillâtre de province qui, faute de mieux, s’était engagé dans les gardes du corps à l’age de dix-sept ans. Il  avait alors vingt-et-un ans, était très beau lorsque la reine s’éprit de lui. Il possédait la passion contenue et impérieuse de la fraiche jeunesse. La reine se livra éperdument à son amant et celui-ci en abusa sans vergogne.

Elle ne se contenta pas d’en faire son amant mais voulu également en faire un grand 
homme, un ministre, l’associer à son pouvoir. Elle l’introduisit à la cour et dans l’intimité du ménage royal où Charles IV s’engoua docilement de lui.



la reine dans ses jeunes années


Le Prince Ferdinand


La reine vers 1800

Aimait-elle vraiment le prince de la paix ? Il est le seul en tout cas qui ait su asservir 
cette ame frivole ….. il l’avait tellement enchainée qu'il se targuait auprès d’elle, pour 
exciter sa jalousie, de ses nombreuses bonnes fortunes. Il la violentait et la brutalisait.

De seize ans plus jeune que la reine, GODOY avait conservé la mine rubiconde et joufflue 
avec ses gros yeux à fleur de tête cachés par des bésicles (
Les besicles sont d'anciennes grosses 
lunettes rondes
)
. De stature médiocre mais bien proportionnée malgré son embonpoint, il 
était vétu simplement mais soigneusement et portait toujours l’habit bleu.

Il y avait désormais loin de l’homme un peu lourd et rassis au page élégant qu’il avait été 
à l’âge de dix-sept ans lorsqu’il entra dans les gardes du corps ou servait déjà son frère.

Les marseillais ne l’aimaient point et se refusaient à partager à son endroit l’enthousiasme 
de ceux de ses admirateurs qui l’appelaient naguère « le moderne Orphée» le surnom de 
«joueur de flute» que lui avait donné un jour le général FOY leur paraissait mieux lui 
convenir.

La cour se composait encore de l’infant don François de Paule dont une large tache rouge 
marquait la joue gauche.

Le quotidien du Roi à Marseille :

Malgré son âge le roi avait gardé l’habitude de se lever de très bonne heure vers 5h. A peine levé il demandait son chocolat dont il prenait une double ou une triple dose. Puis il entendait deux ou trois messes et sortait se promener dans les rues de Marseille, accompagné du prince de la paix qui ne le quittait que très rarement. Ils étaient suivis de deux domestiques et le roi se livrait à de fréquentes aumônes. Dès qu'il le pouvait il s'adonnait aux tarvaux manuels tel que la menuiserie, la serrurerie et l'armurerie surtout. Il n'était jamais plus heureux que lorsqu'il avait réparé une serrure ou fourbi une épée en maivais état. Ensuite, il se rendait aux écuries pour effectuer une inspection minutieuse des chevaux des harnais et des voitures. 

A midi on dinait à la cour. La table était somptueusement servie. Après le repas, qui n’était 
pas très long, il passait dans son cabinet de musique ou l’attendait Duport (le premier 
violoncelle) et « l’immuable et téméraire » Boucher. Le roi formait le trio, il était parait-il 
assez bon musicien sauf qu’il n’observait pas exactement le temps des pauses.

Vers quatre heure, le roi faisait sa partie, il se montrait très habile aux jeux de calcul et ne 
redoutait personne au billard.

Vers le soir, la cour allait à la promenade. Le roi, la reine et l’infant prenait place dans un 
carrosse attelé de 6 mules blanches conduites par un cocher Français et des postillons 
Espagnols. Le reste de la cour, les dames d’honneur de la reine, dans un équipage semblable
au premier mais trainé par des chevaux.

La reine et ses compagnes ne s’y montraient jamais qu’en beaux atours. Le costume des 
hommes était plus simple. Aux jours de fête seulement on revêtait les uniformes de cour.

Quant au roi, pour rien au monde, et quelle que fût la solennité, il n’eu consenti à quitter 
son habit noisette.

A certains jours, le roi sortait à cheval, il pouvait passer pour le premier écuyer du royaume,
mais comme ces promenades excitaient la sympathie et la curiosité des gens du secteur, 
celles-ci furent interdites pour ne pas que le peuple acclame les souverains déchus.

Après le repas du soir, sur les dix heures du soir, avec une régularité presque mathématique, le roi prenait congé de l'assemblée, mais la reine, elle, restait encore quelque temps au salon ou elle s'épanchait en confidences, et souvent en récrimination, avec ses dames favorites.

Dans ses appartements de la rue Mazade, le roi recevait peu, à peine deux ou trois fois par 
an et par politesse le préfet Thibaudeau, ancien conventionnel et le commissaire de police 
Vernon (dont la police secrète surveillait sans cesse les déplacements du roi – voir les 
« nottes secrètes » ci-dessous)

Par contre les portes étaient toujours ouvertes pour l’archevêque Monseigneur De Ciré (ancien ministre de Louis XVI) homme d’esprit et de distinction. Les jours de gala, la reine organisait des fêtes, banquets et concerts. Elles qui adorait le faste paraissait rajeunie et belle ces jours là. Elle pouvait encore se croire reine d’Espagne.

Le danseur Dutarque, qui avait composé pour elle un 
divertissement mis en scène les enfants de la cour s’attira la sympathie du roi qui l’attacha à sa cour.

A la belle saison, la reine donnait de petits bals champêtres au Château Bastide. 
La jeunesse environnante s’y pressait en habit de fête. Les jeunes filles offraient des 
fleurs et des fruits à la reine. On dansait dans le château et sur la terrasse jusqu’à la nuit.

La chapelle du roi se composait de sept ou huit prêtres, des moines Espagnols pour la 
plupart.

Les médecins étaient Monsieur SORIA (premier médecin) et Monsieur LA CABA 
(premier chirurgien).

Jamais le roi ni personne de sa famille ne se montrait au spectacle.

Le prince de la paix avait une petite loge ou il se montrait bien volontiers.


Les "NOTTES SECRETTES"

Tous les déplacements de la famille royale espagnole en exil était
systématiquement suivis par la police secréte de Napoléon qui
rédigeait chaque jour de très nombreuses notes pour leur hiérarchie.

Voici la traduction de l'une de ces notes (traduite du vieux français)
écrite en 1808, il y a tout juste 200 ans !

" ... Le roi Charles IV est sorti le 6 vers les quatre heures de
l'après-midi avec toute sa suite.

Les voitures sont descendues par la rue de Paradis, ont  remonté
la Canebière puis la rue de Rome, le chemin de Saint Giniez et
ont été jusqu'au château Borelly d'où elles sont revenues par la
même route.

On a remarqué avec indignation le Sieur Catalan, commissaire
des relations commerciales d'Amérique qui courait à cheval devant
la voiture du roi et cria à tout le monde d'oter les chapeaux ce
qui était imité pour les valets du roi

Hier vers les quatre heures les voitures sont encore sorties.
L'affluence de monde qui se trouvait dans la rue Mazade a forcé
le roi à sortir par une porte dérobée donnant dans la rue du
petit saint giniez. Le cortège a été jusque hors la porte d'Aix et
est revenu.

Tous les soirs, le duc Almondovar frère du prince de la Paix
et l'écuyer calvacadons et les gens de la suite du roi sont au
théâtre Pavillon. Les premiers dans une loge, les autres aux
 premières.

Hier soir, le sieur Catalan était avec les susnommés dans
la loge au dessus de celle du préfet ..."

On aurait fait un bataillon de tout ce qui tenait au service de la bouche de la maison Royale;
maitres d’hôtel, chefs et sous-chefs d’office, cuisiniers, sommeliers, confiseurs, pâtissiers, 
fruitiers, glaciers, etc ….

Le roi buvait de la glace toute l’année. L’administration supérieure de la cour était confiée 
à Godoy avec un intendant général et deux employés comptables.

L’indemnité énorme que Napoléon donnait au vieux roi exilé permettait un tel faste. Mais 
au bout de 18 mois, les paiements commencèrent à s’étaler dans le temps. En effet,  jusqu'à mi 1809 l'Empereur avait réglé sans retard la pension royale. Ce n'était désormais plus le cas et, à cette date réduisit de deux tiers la somme promise.

Le 12 novembre 1809, à la suite d'un rapport demandé au ministre du trésor MOLLIEN sur l'état des finances de l'Empire, il ne consentit plus qu'une pension de 200.000 francs par mois s'exclamant " ... il est vrai que cela n'a rien de comun avec ses droits et qu'on lui soldera dès que l'on le pourra ..." 

Le roi et la reine se décidérent alors à de sérieuses économies. Bon nombre de chevaux furent vendus et des domestiques renvoyés.

Il fallut réduire le train de vie royal et en 1811 on fut obligé d’envoyer au Mont-de-piété 
une partie de la vaisselle royale. On en vendit pour plus de 30.000 francs

Heureusement, la providence fit arriver à MARSEILLE le marquis de BRANCIFORTE, parent de GODOY, il revenait du MEXIQUE ou il avait fait fortune et mis ses doublons à la disposition de la famille royale. Godoy, également mis sa fortune personnelle à la disposition des ex-monarques à qui il la devait dans sa totalité.

Le gouvernement Français, comprenant enfin qu'il n'aurait pas été juste ni honorable de laisser mourir de fin le monarque dupé, préssé également par les inssistants agents de CHARLES IV, mis un peu plus de régularité dans les versements.

Ces diverses ressources, sans restaurer à fond les finances de la cour ESPAGNOLE en exil soutirent pour quelques temps le reste de magnificence de la maison royale.

Cette existence précaire, mais assez douce, permirent d'arriver à la fin 1811.

Avec 1812, des tribulations d'un autre genre attendaient la famille royale. 

En effet un complot mené par un ancien proche de NAPOLEON, Paul BARRAS, avec la 
complicité des Anglais était en cours pour enlever CHARLES IV.

Mis au courant, NAPOLEON, exila BARRAS à ROME et pour le roi d'Espagne, on chercha une nouvelle destination d'exil.

Au printemps de 1812, le bruit couru dans Marseille que la cour allait quitter la ville pour 
Rome. Ce fût un deuil public. 

Effectivement, le 25 Mai 1812, à la suite d'un nouveau complot avorté des Anglais pour récupérer le monarque, la famille royale reprit son bâton de pèlerin à destination de ROME ou elle allait s'établir définitivement.

Le jour du départ la rue Mazade était pleine de monde, une foule énorme attendait de 
voir paraitre le roi pour le saluer une dernière fois.

le vieux Roi déchu et exilé monta en voiture, suivi de toute sa cour. On l’acclamait et on se pressait sur son passage, on lui tendait la main et on lui présentait des enfants à bénir. Les équipages durent aller au pas tant la pression de la foule était grande.

Charles IV, au fond de la grosse calèche, avec à ses coté la reine, Godoy et l’infant Don 
François de Paule
, pleurait à chaude larmes …..

C'est donc en ITALIE que les anciens souverains Espagnol s'éteignirent en 1819. 
GODOY leur survécut jusqu'en 1851 à PARIS dans l'obscurité et la gêne.

Le château BASTIDE restera à jamais, dans les mémoires des Marseillais, comme celui 
du roi d'Espagne, le chemin y menant également. 

En 1958, des promoteurs acquéreurs de la proprièté et désirant construire une résidence sur le domaine conservèrent le nom du lieu pour leurs futurs batiments ...

Il créérent alors en 1959 la premiére résidence du futur quartier sous le nom du

parc du Roi d'Espagne.

 
Thierry GARCIA - ©titidegun.fr / 1998-2009