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Charles IV est né le 11 novembre
1748 à PORTICI (proche de Naples en Italie),
descendant de Louis XIV il fait partie de la famille des BOURBONS.
En 1765, à 17 ans, il
épouse Marie-Louise de Parme (sa cousine germaine agée de 13 ans).
Ils auront
douze enfants parmi lesquels le futur roi Ferdinand VII.
Il monte sur
le trône d'Espagne, à l’âge de quarante ans, en
1788.
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Après
la mort de son
père, Charles IV, désormais nouveau roi,
avait
conservé Floridablanca (le Ministre Principal de son
père) pour mener
son gouvernement, puis il nomma temporairement Aranda,
avant d'installer Manuel Godoy en 1792. L'arrivée au pouvoir de
ce dernier tenait surtout
à la volonté du couple de souverains espagnols d’avoir un
ministre qui leur devrait son élévation.
Charles IV, roi catholique,
souffrait de carences graves du
caractère et de
l'intelligence, il était apathique, sans volonté et
jaloux de sa tranquillité, il était de plus le jouet de son
épouse.
La reine, Marie-Louise de
Parme, quoiqu'elle lui fut très
supérieure,
était aussi autoritaire et intrigante que dépourvue
de
qualités de gouvernement. Quant à Godoy, leur favori et
ministre principal, il ne put ou ne sut dominer le cours des
événements qui allaient entraîner la chute du roi
Charles IV.
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La conception de Charles IV du
métier de roi était éloignée de tout
effort sérieux
d'information, de réflexion et de
décision. Il se comportait comme le propriétaire
d'un
vaste domaine (la monarchie espagnole) que son intendant (le ministre
principal)
devait administrer à sa place en lui rendant
brièvement compte. L'essentiel de son temps était
consacré aux exercices de piété, à la
musique qu'il aimait mais qu'il exécutait assez mal, à la
chasse, aux visites des écuries et des ateliers du palais, et
aux travaux manuels dans lesquels il excellait.
Son règne de 1788 à 1808
fut marqué par ses nombreuses disputes avec son fils
aîné
Ferdinand qui défrayaient la chronique de
Madrid. Ferdinand, haïssait GODOY, haine partagée
d'ailleurs par le reste du pays. L'arrestation du jeune prince, pour
conspiration, par GODOY fit éclater au grand jour une crise
latente depuis des années.
Le 17 mars 1808, des
émeutes restées célèbres en Espagne
enflammèrent le Pays.
NAPOLEON, alors à son apogée, sentit le parti qu'il pourrait tirer de cette
situation. Il s'arrangea pour faire venir jusqu'à lui à
Bayonne : Charles IV (qui venait d'abdiquer, effrayé par les
émeutes, au profit de son fils) GODOY (l'ex-ministre
principal, qui venait de passer quelque temps au cachot) et FERDINAND
VII (le fils et donc nouveau roi).

Cette entrevue se déroula fort
mal, surtout entre les membres de la famille royale qui se
déchiraient (la reine demanda même à
Napoléon de faire guillotiner son fils). Le 5 mai 1808
(Napoléon et Charles IV forcèrent alors Ferdinand
à abdiquer
à son tour puis l'empereur expédia l'ancienne
famille
royale au complet en exil (mais pas ensemble, les chemins du
père et du fils se séparèrent
définitivement) et plaça sur le trône d'Espagne
son frère Joseph.
Le règlement de comptes: l'entrevu entre
CHARLES IV et son fils FERDINAND VII avec NAPOLEON
en
présence de MARIE-LOUISE ne fut qu'une succession
d'insultes ou NAPOLEON
tira son épingle du jeu pour
récupérer la couronne d'Espagne et placer son
frère Joseph sur le trône.
Les anciens
maîtres de l'Espagne partiront en exil, mais chacun de
leur côté.
Gravure de PINELLI - PARIS musée
MARMOTTAN.
Le souverain déchu Charles IV,
se vit proposer comme terres et chateaux d'exil
Compiègne (en viager) ou
Chambord (en pleine propriété). On lui assurait,
en outre, une rente de trente millions de Réaux.
Quant à
Ferdinand, on lui accordait le chateau de Navarre et une rente d'un
million de francs. Tous les membres de la famille royale touchaient, de
part ces accords de Narbonne, de fortes indemnités et une rente
de 400.000 francs par an.
Ce n'était vraiment pas acheter trop cher la succession des Habsbourgs et des bourbons.
Charles IV
choisit de s'installer à Compiègne et il quitta
rapidement, et le premier, la cité de BAYONNE. On le vit
d'abord passer à POITIER ou le cortége royal marqua la
population: Les vieux souverains avaient gardé leurs carrosses
de céréminie, énormes caisses dorées gravés aux armes de la maison des BOURBONS,
garnies de glaces de tous cotés " de telles sorte que les
voyageurs étaient condamnés à se tenir debout sur
leur siéges, sans pouvoir s'appuyer. Les caisses étaient
suspendues par des courroies de cuir blanc dans un cadre de quatre
énormes madriers carrés, auquel il avait
été difficile d'ajuster un attelage de chevaux de
poste.
A coups de
petites journées de route, les souverains déchues
s'acheminérent à FONTAINEBLEAU où, grace au
préfet, ils furent reçus avec tous les honneurs dus
à leur rang, puis sur Compiègne, où ils
trouvérent enfin le repos.
Le roi et sa suite ne se virent attribuer en fait
à Compiègne que des appartements
véritablement
mesquin au vu de son rang. Il réclama à Napoléon,
comme le traité de Bayonne lui en donnait le droit, le chateau
de Chambord.
Cette demande fut
éludée et on lui
proposa en remplacement la douceur du climat de la
méditérannée. Le roi demanda alors à partir
à NICE car, d'ailleurs la santé du monarque
s'accommodait fort
mal d'un séjour humide et froid dans la partir nord de la France.
En effet, le royal proscrit tomba
malade lors dès son départ en exil avec un rhumatisme
aigue qui lui paralysa partiellement les jambes.
En juillet 1808, un courrier de NAPOLEON à DUROC le confirme:
"Le
roi désire aller à NICE ? il peut partir aussitôt
qu'il voudra. Il voyagera incognito ou comme roi. S'il voulait aller
à Menton je ne sais si le chateau du prince de MONACO est en
état de le recevoir. Il pourra du reste aller s'y promener et
voir s'il peut s'y fixer."
Charles IV ne donna pas suite
à sa premiére idée et demanda seulement à
partir pour le midi de la France.
Il quitta COMPIEGNE en septembre 1808 et s'achemina à lentes jounées vers le sud du pays.
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Un roi velléitaire Charles IV,
une reine débauchée, Marie-Louise,
un prince
héritier sans scrupule, Ferdinand, sont les
principaux
membres de cette famille pourtant royale.
Peinture de Goya de 1880 - Musée du prado à
Madrid
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Le mardi 04 octobre
1808, entre cinq et six heures du soir, Charles IV arrivait à Aix en Provence et descendit
à l'hotel MAURELLET DE LA ROQUETTE*. Leur entrée dans AIX fut silencieuse et sombre en présence de seulement quelques badauds sur le cours.
Le roi n'aurait
pas
demandé mieux que se fixer dans cette ville dont le climat lui
convenait et dont l'aspect exterieur l'avait séduit. Il
désirait même louer l'hotel d'Albertas mais les
appartements ne suffisaient pas pour loger toute la cour. On envisagea
alors de louer toutes les maisons attenantes de l'ilot et de les relier
ensuite. Mais cela ne se fît pas à cause des
exigences des propriétaires.
*
L'hotel du Marquis MAURELLET DE LA ROQUETTE, seigneur de CABRIES, pendu
sur le Cours d'AIX à un réverbére le 14
décembre 1792 avec PASCALIS (avocat) et DE GUIRAMAN (chevalier
de Saint Louis) transformé en Hotellerie peu après.
Le roi se décida alors, le 12 octobre a partir pour une ville voisine ... Marseille !
Le
cortége royal quitta Aix le 15 octobre pour se diriger vers la
campagne Marseillaise et plus précisément le village
de de St Joseph où le général Anthoine*, baron de saint Joseph et maire de Marseille proposa sa maison de campagne au roi.
Le Baron Anthoine le mari
de Marie-Rose CLARY, une des soeurs de Désirée et Julie et par
conséquent beau-frére de Joseph BONAPARTE nouveau roi
d'Espagne depuis l'entrevu de Bayonne était
tout désigné pour surveiller le roi déchu.
Ainsi
donc, le premier chateau du roi d'Espagne à Marseille, ne fut
pas celui de Mazargues mais pour quelques jours celui de St Joseph.
Le
chateau de Saint Joseph était assez vaste et confortable pour
acceuillir le roi et sa nombreuse suite dans de très bonnes
conditions. Les écuries du chateau aménagées par
un précédant propriétaire ( le Baron HUGUES,
officier de cavalerie) permirent le séjour des 200 chevaux et
carosses. Néanmoins la police impériale ne souhaita pas
que le roi s'y installe définitivement, mis son véto et
l'obligea à s'établir dans MARSEILLE intra muros afin de
mieux pouvoir le surveiller.
Les
autorités de la Cité
furent bien embarrassées pour loger le monarque car les
palais étaient rares dans une ville de commerce comme
Marseille.
Le préfet THIBAUDEAU fut bien
ennuyé par l'arrivée de ces têtes
courronnées;
peu content de cotoyer un roi il senti rapidement
que ces hotes encombrants allait lui créer quelques soucis
supplémentaires.
Finalement, on réquisitiona, dans l'enceinte de la ville, l'hotel d'Estienne MAJASTRE auquel on adjoignit deux grandes maisons contiguës, dans la rue
Mazade (la rue Mazade était la partie de la rue Montgrand qui
va de la rue Paradis à la rue de Rome) ou le roi pourra enfin s'installer paisiblement et ... durablement.
En toute
hâte on ouvrit les communications nécéssaires, on
apporta tant bien que mal le mobilier indispensable.
Trois jours
seulement après son arrivée à SAINT JOSEPH,
CHARLES IV entra, avec faste, dans Marseille le 18 Octobre
1808. L'arrivée de la suite royale fut un
événement considérable qui excita la
curiosité du peuple Marseillais.
Nos ascendants
incrédules virent alors passer un cortège insensé
depuis la Révolution près de vingt ans plus tôt :
Carrosses rutilants et pur sangs formaient une fière colonne,
la suite du roi était composée de deux cent cinquante
personnes et plus de deux cents chevaux.
Charles IV, roi détronné d'Espagne,
sa femme Louise-marie-Thérése De Bourdon de
Parme et deux
infants : Don Antonio et Don François de Paule dans un lourd
carrosse doré tiré par six mules blanches se fraya un
passage difficilement parmi la foule Marseillaise, dans l'ensemble plus
Bourdonniens que Bonapartistes, qui s'amusait à crier "vive le
roi"
Avec eux arriva également
l'équivoque et tout puissant favori Manuel GODOY, Prince de la Paix (surnom dû à un antérieur traité de paix entre les Français et les Espagnol), inséparable confident du roi et de la reine.
Un train
interminable
d'équipages pompeux passa sous la porte d'Aix transportant
les seigneurs et dames de la cour, sept à huit
prêtres, deux
médecins, un intendant, un caissier et deux commis aux
écritures, le majordome, les cuisiniers, sommeliers,
pâtissiers, glaciers, valets, femmes de chambres, personnels
des écuries, etc ...
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MARIE-LOUISE REINE D'ESPAGNE
autoritaire et cynique, elle prit pour amant le ministre
principal de son mari : GODOY , avec l'aide duquel elle
gouverna et le roi et l'Espagne. Mère
dénaturée d'un fils indigne qui complota
contre elle, elle demanda, sans succès, à
Napoléon lors de la réunion de Bayonne
d'envoyer son fils à la guillotine. Elle fit
arrêter son amant puis l'emmena avec elle dans ses
résidences d'exil. Elle eu douze enfants dont les
deux derniers ressemblèrent étrangement
à GODOY.
Peinture de GOYA - Académie royale
d'histoire -MADRID.
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Lorsque le cortége arriva rue Mazade, on vit alors le roi
sortir avec difficulté de son carrosse. Sous l'effet d'une
violente crise de goutte, c'est juché sur un matelas
porté par quatre laquais qu'il prit enfin posessions de ses nouveaux appartements.
La sciatique
royale fût tenace et dura plusieurs mois. le repos, enfin, et les
bons soins des médecins Espagnol et Marseillais* firent peu a peu leur effet et le roi retrouva lentement mais surement l'usage de ses jambes.
Monsieur
SORIA, premier médecin du roi et monsieur LACATA, premier
chirurgien échangérent rapidement avec la faculté
Marseillaise et ses médecins qu'ils requiérent pour
soigner efficacement leur maitre.
Enfin fixé, le roi sembla apprécier sa
nouvelle cité, rétablit, il aimait se promener dans les ruelles des
quartiers du port, et se mêler aux petites gens, il devenait de
fait très populaire auprès de nos concitoyens.
Il déanbulait dans les vieilles ruelles Marseillaises s’appuyant sur une canne de bambou
qu’il
ne quittait jamais, vêtu, comme à l’ordinaire de son habit de drap très fin de
couleur
noisette, col à la vieille mode, manchette de batiste, culotte courte,
gilet blanc, le tout très
ample ; chapeau rond, bottes à revers ; une
imperceptible décoration à la boutonnière.
Il était de haute taille et très vigoureux malgré ses
soixante ans, et très alerte, malgré les
attaques de goutte qui souvent le
harcelaient, il marchait le buste en arrière et la tête droite, tel qu’on le voit
sur les tableaux de Goya. Ses cheveux blancs, drus encore pour son age, mais qu’il
tenait courts, accentuaient la fraicheur de son teint plutôt
coloré et tirant sur le blond.
La reine, elle
par contre, quittait rarement ses appartements de la rue Mazade, au
contraire du roi qui multipliait les sorties et les contacts avec
la
population. Un jour le roi, fourbu par une longue promenade,
demanda
à un brave homme, sur le perron d'une maison des
vieux quartiers, l'autorisation d'utiliser sa chaise pour souffler
un peu.
Le marseillais, affable et qui n'avait pas reconnu le monarque,
prêta bien volontiers sa
misérable chaise de bois afin
d'accueillir le royal fessier. Après un moment de discussion,
le roi , reposé, se leva, et en remerciant le brave homme lui
glissa une pièce d'or dans la main. Le Marseillais comprit
alors à qui il avait eu à faire et en souvenir de ce
moment, il accrocha sa chaise, qui avait accueilli un authentique
roi, à la charpente de sa maison avec interdiction à
quiconque de s'asseoir dessus.
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Manuel GODOY, surnommé le "Prince de la Paix" :
Intelligent et ambitieux mais lâche et cupide, le
Ministre Principal du roi et favori de la reine était
détesté par le peuple espagnol.
Emprisonné lors des émeutes de mars 1808, il
accompagna le couple royal en exil après la
réunion de Bayonne du 05 mai 1808 avec
Napoléon.
peinture de GOYA
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si le séjour dans la ville
était favorable l'hiver, le roi manifesta, à
l'arrivée des beaux jours,
le désir de trouver pour
l'été une campagne, dans les environs, où il put
passer la belle saison moins à l'étroit que dans ses
appartements rue Mazade.
Peut-être sur les conseils de NAPOLEON
qui connaissait fort bien les lieux pour avoir
batifolé dans les
pins du secteur avec Désiré CLARY, le roi loua le
domaine et la "maison de campagne" (en fait un petit château) qu'un
sieur BASTIDE (négociant Marseillais) avait fait construire
sur la commune de MAZARGUES (un petit village, vers l'est à
six kilomètres de MARSEILLE).
Il le loua d'abord puis en fit l'acquisition en 1811,
le tout avec le consentement
NAPOLEONIEN, à la grande joie des royalistes du coin qui croyaient trouver
dans cette
emplette l'assurance de conserver au milieu d'eux
l'illustre proscrit.
Le roi y vécu avec une certaine
insouciance, semblant avoir pris son parti des
événements, partageant son temps entre les promenades
à pieds, à cheval ou en voiture, le violon, le billard, les
jeux de calcul et la chasse.
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De son temps sur le trone d'Espagne, il
avait été grand chasseur, mettant en mouvement tous les
jours de l’année, sauf les mercredis, jeudis et vendredis
saints, consacrés aux
processions, près de cinq cents
chevaux et de sept cents hommes. Mazargues et ses environs avait
réveillé en lui sa passion favorite. Mais il n’y
avait ici
ni gros gibier, ni piqueur ni meute et il se contentait de chasser aux
cailles.
On les prenait au filet et on les répandait à travers les
vignes. Il était excellent tireur et portait toujours avec lui un petit sac
plein de pierres à fusil, comme les bourgeois
Marseillais qui chassaient le
dimanche dans les collines aux alentours.
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L’étrange physionomie d’ailleurs que celle de ce roi là ; doux
affable, simple et bon et
capable en même temps de se laisser aller aux pires
violences aux pires brutalités. Il se
plaisait à causer familièrement avec ses
palefreniers et, à propos de rien, les rossait à les
laissait pour mort.
La préférence qu’il avait pour les personnages de son
entourage se manifestait par des
plaisanteries désobligeantes et par une
dérision cruelle sur leur disgrâces personnelles,
par des coups violents et de
toute sa force ce qui le faisait rire aux larmes.
Amoureux, chaste et dévot, scrupuleux au point qu’il s’était
éloigné de la reine le jour ou
il n’espéra plus en avoir d’enfants, ou (s’il faut
en croire Lucien BONAPARTE, frère de
l'Empereur des Français Ambassadeur de France à Madrid à cette époque) le jour ou on lui
prouva qu’user du mariage était
nuisible pour la santé et malgré cela conservant pour elle
une tendresse
passionné qui ne faiblit jamais dans son cœur.
Ne
buvant que de l’eau mais mangeant à en effrayer, subissant
toutes les influences prenant
aussitôt le style et les formes de
ceux qui l’entouraient. Plein de bonnes intentions mais
dénué de volonté et faible d’esprit et pour
ce
qui était de la conduite de la reine, si crédule,
si
aveugle, si incapable de
croire au mal, qu’il ne soupçonna jamais rien d’un
désordre qui
durait depuis
plus de trente ans et sur lequel l’existence de deux enfants dont
la
ressemblance était frappante avec Godoy ne parvint à lui
ouvrir les yeux.
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Le roi ne restait guère en
place:
Les Marseillais de l'époque
disaient de lui "es toujou
per oto"
(il est toujours en balade).
Chaque matin, le roi dans son
carrosse
doré, tiré par ses six
mules blanches, se rendait à camoins les
bains pour y faire une cure.
A midi,
de retour au chateau, il y
déjeunait puis entamait une sieste
rituelle dans un fauteuil rose.
Tant que la famille DOUBLE a
été
propriétaire du château, on a pu y
voir ce fameux fauteuil rose, il a disparu ensuite.
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Le roi ne dormait jamais au
château, en fin de journée, il s'empressait de rentrer en ville
dans
ses appartements de la rue Mazade. C'était une condition de la Préfecture (il
était étroitement surveillé par la police
impériale, voir plus bas) et avait instruction formelle
de rentrer impérativement chaque soir dormir en ville.
La reine, par contre, y restait
volontiers.
Elle organisait souvent, avec GODOY, des
petits bals
champêtres ou elle conviait une partie de la jeunesse
environnante. Ceux-ci se présentaient aux grilles du chateau
avec comme présents des fleurs et des fruits qu'ils offraient
à la reine. On dansait sur la terrasse du chateau jusqu'à
la nuit.

Timbre Espagnol caricaturant le roi Charles IV
Marie-Louise de parme approchait donc la soixantaine lors de son passage Marseillais.
Sans beauté mais toujours avide de plaire, elle avait abdiqué d'aucune de ses
prétentions
et des coquetteries qui faisaient dire en son temps à Lucien Bonaparte que les
filles les
plus affichées de MADRID ne se vêtaient pas avec une indécence plus
ridicule. Et
cependant, déjà, elle mangeait seule parce qu’elle était soumise à
un régime particulier,
à cause de la perte de ses dents.Trois ouvriers,
attachés à sa suite, étaient occupés à lui
préparer et fournir son repas.
Nulle femme, poursuit Lucien BONAPARTE, ne ment avec plus
d’assurance et n’a une
perfidie plus concentrée. Antidévote et même incrédule,
mais faible et timide à l’excès,
l’apparence du moindre danger lui fait
éprouver toutes les terreurs de la superstition et
on la voit alors se couvrir
de reliques et de chapelets lorsque le tonerre se fait entendre.
Frivole et
ignorante, entêté et capricieuse, dévorée d’ambition, elle avait trente quatre
ans, une imagination troublée des sens inquiets sans aucun frein de vertu ou
de religion,
écrit Albert SAUREL, quand elle monta sur le trône.
Godoy était un gentillâtre de province qui, faute de mieux,
s’était engagé dans les gardes du corps à l’age de dix-sept ans. Il avait
alors vingt-et-un ans, était très beau lorsque la reine s’éprit de lui.
Il possédait la passion contenue et
impérieuse de la fraiche jeunesse. La reine se livra
éperdument à son amant et celui-ci en abusa sans vergogne.
Elle ne se contenta pas d’en faire son amant mais voulu
également en faire un grand
homme, un ministre, l’associer à son pouvoir. Elle
l’introduisit à la cour et dans l’intimité du ménage royal où Charles IV
s’engoua docilement de lui.
la reine dans ses jeunes années
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Le Prince Ferdinand
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La reine vers 1800
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Aimait-elle vraiment le prince de la paix ? Il est le
seul en tout cas qui ait su asservir
cette ame frivole ….. il l’avait tellement
enchainée qu'il se targuait auprès d’elle, pour
exciter sa jalousie, de ses
nombreuses bonnes fortunes. Il la violentait et la brutalisait.
De seize ans plus jeune que la reine, GODOY avait conservé
la mine rubiconde et joufflue
avec ses gros yeux à fleur de tête cachés par des
bésicles (Les besicles sont
d'anciennes grosses
lunettes rondes) . De stature médiocre mais bien proportionnée malgré son embonpoint, il
était vétu simplement mais soigneusement et portait toujours l’habit bleu.
Il
y avait désormais loin de l’homme un peu lourd et rassis
au page élégant qu’il avait été
à l’âge de dix-sept ans lorsqu’il entra dans
les gardes du corps ou servait déjà son frère.
Les marseillais ne l’aimaient point et se refusaient à
partager à son endroit l’enthousiasme
de ceux de ses admirateurs qui
l’appelaient naguère « le moderne Orphée» le surnom de
«joueur de flute» que lui avait donné un jour le général FOY leur
paraissait mieux lui
convenir.
La cour se composait encore de l’infant don François de Paule
dont une large tache rouge
marquait la joue gauche.

Le quotidien du Roi à Marseille :
Malgré son âge le roi avait gardé l’habitude de se lever de
très bonne heure vers 5h. A peine levé il demandait son chocolat dont il prenait une
double ou une triple dose. Puis il entendait deux ou trois messes et sortait se
promener dans les rues de Marseille, accompagné du prince de la paix qui ne le
quittait que très rarement. Ils étaient suivis de deux domestiques et
le roi se livrait à
de fréquentes aumônes. Dès qu'il le pouvait il
s'adonnait aux tarvaux manuels tel que la menuiserie, la serrurerie et
l'armurerie surtout. Il n'était jamais plus heureux que
lorsqu'il avait réparé une serrure ou fourbi une
épée en maivais état. Ensuite, il se rendait aux
écuries pour effectuer une inspection minutieuse des chevaux des
harnais et des voitures.
A midi on dinait à la cour. La table était somptueusement
servie. Après le repas, qui n’était
pas très long, il passait dans son cabinet
de musique ou l’attendait Duport (le premier
violoncelle) et « l’immuable
et téméraire » Boucher. Le roi formait le trio, il était parait-il
assez
bon musicien sauf qu’il n’observait pas exactement le temps des pauses.
Vers quatre heure, le roi faisait sa partie, il se montrait
très habile aux jeux de calcul et ne
redoutait personne au billard.
Vers le soir, la cour allait à la promenade. Le roi, la
reine et l’infant prenait place dans un
carrosse attelé de 6 mules blanches
conduites par un cocher Français et des postillons
Espagnols. Le reste de la
cour, les dames d’honneur de la reine, dans un équipage semblable
au premier
mais trainé par des chevaux.
La reine et ses compagnes ne s’y montraient jamais qu’en
beaux atours. Le costume des
hommes était plus simple. Aux jours de fête
seulement on revêtait les uniformes de cour.
Quant au roi, pour rien au monde, et quelle que fût la
solennité, il n’eu consenti à quitter
son habit noisette.
A certains jours, le roi sortait à cheval, il pouvait passer
pour le premier écuyer du royaume,
mais comme ces promenades excitaient la
sympathie et la curiosité des gens du secteur,
celles-ci furent interdites pour
ne pas que le peuple acclame les souverains déchus.
Après le repas du soir, sur
les dix heures du soir, avec une régularité presque
mathématique, le roi prenait congé de l'assemblée,
mais la reine, elle, restait encore quelque temps au salon ou elle
s'épanchait en confidences, et souvent en récrimination,
avec ses dames favorites.
Dans ses appartements de la rue Mazade, le roi recevait peu,
à peine deux ou trois fois par
an et par politesse le préfet Thibaudeau, ancien
conventionnel et le commissaire de police
Vernon (dont la police secrète surveillait
sans cesse les déplacements du roi – voir les
« nottes secrètes » ci-dessous)
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Par contre les portes étaient toujours ouvertes pour l’archevêque
Monseigneur De Ciré (ancien ministre de Louis XVI) homme d’esprit et de
distinction. Les jours de gala, la reine organisait des
fêtes, banquets et concerts. Elles qui adorait le faste
paraissait rajeunie et belle ces jours
là. Elle pouvait encore se croire reine d’Espagne.
Le danseur Dutarque, qui avait composé pour elle un
divertissement mis en scène les enfants de la cour s’attira la sympathie du roi
qui l’attacha à sa cour.
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A la belle saison, la reine donnait de petits bals champêtres
au Château Bastide.
La jeunesse environnante s’y pressait en habit de fête. Les
jeunes filles offraient des
fleurs et des fruits à la reine. On dansait dans le
château et sur la terrasse jusqu’à la nuit.
La chapelle du roi se composait de sept ou huit prêtres, des
moines Espagnols pour la
plupart.
Les médecins étaient Monsieur SORIA (premier médecin) et
Monsieur LA CABA
(premier chirurgien).
Jamais le roi ni personne de sa famille ne se montrait au
spectacle.
Le prince de la paix avait une petite loge ou il se montrait
bien volontiers.
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Les "NOTTES SECRETTES"
Tous les déplacements de la famille royale espagnole en exil
était
systématiquement suivis par la police
secréte de Napoléon qui
rédigeait chaque jour de
très nombreuses notes pour leur hiérarchie.
Voici la traduction de l'une de ces notes (traduite du vieux français)
écrite en 1808, il y a tout juste 200 ans !
" ... Le roi Charles IV est sorti le
6 vers les quatre heures de
l'après-midi avec toute sa suite.
Les voitures
sont descendues par la rue de Paradis, ont remonté
la Canebière puis la rue de
Rome, le chemin de Saint Giniez et
ont été jusqu'au château Borelly d'où elles
sont revenues par la
même route.
On a remarqué avec indignation le Sieur
Catalan, commissaire
des relations commerciales d'Amérique qui courait à cheval
devant
la voiture du roi et cria à tout le monde d'oter les chapeaux ce
qui
était imité pour les valets du roi
Hier vers les quatre heures les voitures
sont encore sorties.
L'affluence de monde qui se trouvait dans la rue Mazade a
forcé
le roi à sortir par une porte dérobée donnant dans la rue du
petit saint
giniez. Le cortège a été jusque hors la porte d'Aix et
est revenu.
Tous les
soirs, le duc Almondovar frère du prince de la Paix
et l'écuyer calvacadons et
les gens de la suite du roi sont au
théâtre Pavillon. Les premiers dans une
loge, les autres aux
premières.
Hier soir, le sieur Catalan était avec les
susnommés dans
la loge au dessus de celle du préfet ..." |
On aurait fait un bataillon de tout ce qui tenait au service
de la bouche de la maison Royale;
maitres d’hôtel, chefs et sous-chefs
d’office, cuisiniers, sommeliers, confiseurs, pâtissiers,
fruitiers, glaciers,
etc ….
Le roi buvait de la glace toute l’année. L’administration
supérieure de la cour était confiée
à Godoy avec un intendant général et deux
employés comptables.
L’indemnité énorme que Napoléon donnait au vieux roi exilé
permettait un tel faste. Mais
au bout de 18 mois, les paiements commencèrent à
s’étaler dans le temps. En effet, jusqu'à mi
1809 l'Empereur avait réglé sans retard la pension
royale. Ce n'était désormais plus le cas et, à
cette date réduisit de deux tiers la somme promise.
Le
12 novembre 1809, à la suite d'un rapport demandé au
ministre du trésor MOLLIEN sur l'état des finances de
l'Empire, il ne consentit plus qu'une pension de 200.000 francs par
mois s'exclamant " ... il est vrai que cela n'a rien de comun avec ses droits et qu'on lui soldera dès que l'on le pourra ..."
Le
roi et la reine se décidérent alors à de
sérieuses économies. Bon nombre de chevaux furent vendus
et des domestiques renvoyés.
Il fallut réduire le train de vie royal et en 1811 on fut
obligé d’envoyer au Mont-de-piété
une partie de la vaisselle royale. On en
vendit pour plus de 30.000 francs
Heureusement,
la providence fit arriver à MARSEILLE le marquis de BRANCIFORTE,
parent de GODOY, il revenait du MEXIQUE ou il avait fait fortune
et mis ses doublons à la disposition de la famille royale.
Godoy, également mis sa fortune personnelle à la
disposition des ex-monarques à qui il la devait dans sa
totalité.
Le
gouvernement Français, comprenant enfin qu'il n'aurait pas
été juste ni honorable de laisser mourir de fin le
monarque dupé, préssé également par les
inssistants agents de CHARLES IV, mis un peu plus de
régularité dans les versements.
Ces
diverses ressources, sans restaurer à fond les finances de la
cour ESPAGNOLE en exil soutirent pour quelques temps le reste de
magnificence de la maison royale.
Cette existence précaire, mais assez douce, permirent d'arriver à la fin 1811.
Avec 1812, des tribulations d'un autre genre attendaient la famille royale.
En effet un complot mené
par un ancien proche de NAPOLEON, Paul BARRAS, avec la
complicité des
Anglais était en cours pour enlever CHARLES IV.
Mis au courant, NAPOLEON, exila
BARRAS à ROME et pour le roi d'Espagne, on chercha une nouvelle destination d'exil.
Au printemps de 1812, le bruit couru dans Marseille que la
cour allait quitter la ville pour
Rome. Ce fût un deuil public.
Effectivement, le 25 Mai 1812, à la suite d'un nouveau complot
avorté des Anglais pour récupérer le monarque, la
famille royale
reprit son bâton de pèlerin à destination de ROME
ou elle allait s'établir définitivement.
Le jour du
départ la rue Mazade était pleine de monde, une foule énorme attendait de
voir
paraitre le roi pour le saluer une dernière fois.
le vieux Roi déchu et exilé monta en voiture, suivi de toute sa cour. On l’acclamait
et on se pressait sur son passage, on lui tendait la main et on lui présentait
des enfants à bénir. Les équipages durent aller au pas tant la pression de la
foule était grande.
Charles IV, au fond de la grosse calèche, avec à ses coté la
reine, Godoy et l’infant Don
François de Paule, pleurait à chaude larmes …..

C'est donc en ITALIE que
les anciens souverains Espagnol s'éteignirent en 1819.
GODOY leur
survécut jusqu'en 1851 à PARIS dans l'obscurité
et la gêne.
Le château BASTIDE restera
à jamais, dans les mémoires des Marseillais, comme
celui
du roi d'Espagne, le chemin y menant également.
En 1958, des promoteurs acquéreurs de la proprièté et désirant
construire une résidence sur le domaine conservèrent le
nom du lieu pour leurs futurs batiments ...
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