LE CHATEAU
DU ROI D'ESPAGNE
Dernière mise à jour 04 JANVIER  2012 -  Première mise en ligne en 1998

En l'an XII de la République (*), Monsieur Jacques Antoine Dominique BASTIDE, (riche négociant Marseillais, domicilié rue Helvétius à Marseille) qui aspire à une existence plus calme en dehors des murs de la ville, achète neuf parcelles de terrain, à cheval sur les communes de MAZARGUES et MONTREDON.

(l'an XII de la République correspond dans notre actuel calendrier à la période contenue entre le 24/09/1803 et le 22/09/1804)

Jacques antoine dominique BASTIDE est né à Montpellier le 14 septembre 1773. il est à Marseille depuis 5 ans, soit environ 1800.

A 31 ans, il se marie avec Jeanne Henriette Félicité DUSAULX en date du 17 Pluviose an 13 (le 6 février 1805) jeune demoiselle de 19 ans, née à Metz le 8 octobre 1785

2 enfants sont pourtant nés avant ce mariage : une fille, Marie magdelaine aménaïre née le 19 thermidor an 9 (14/08/1801) reconnue par Dominique BASTIDE le 30 Nivose an 11 (20 /01/1803) et un fils, Louis barthelemy elisabeth, né le 5 nivose an 11 (26 décembre 1802).

La maman est mineure (15 ans), lorsqu'elle a son 1er enfant, et vivant avec sa mère veuve, ils décident de ne pas reconnaitre l'enfant dans un 1er temps, mais la mère conserve quand même le bébé avec elle.

Puis ils ont ensemble un second enfant, elle a alors 16 ans. Ils reconnaissent ce deuxième enfant et plus tard en juin 1805 ils reconnaitront enfin leur première fille Marie.

A noter que dans les actes de naissance, les deux fois la mére est déclarée sous le nom de jeanne henriette DROUIN et non pas DUSAULX qui ne reprendra son vrai nom que lors de son mariage en 1805.

Monsieur Jacques Antoine Dominique BASTIDE possède alors, en 1804, 16.000 ares de terres, bois et collines au pied du massif de "Marseilleveire" à coté de l'ancienne carrière de sable (ce sable très recherché à l'époque se composait de grés tertiaire pulvérisé provenant de la mer suite aux diverses glaciations et variations du niveau de la mer).

Il fait donc construire, en 1804, sur la commune de MAZARGUES (petit village de 2000 habitants environ à l'époque) à l'ouest du chemin de sormiou, une grande et belle demeure constituée en un batiment central, flanqué de deux pavillons dont la façade principale regarde la mer. Au pieds du vaste batiment, une immense terrasse devant laquelle se déroulent les jardins et les bois.

L'aspect définitif de la batisse terminée sera bel et bien celui d'un petit château et Monsieur BASTIDE y aménage avec sa femme et ses deux enfants vers 1805.

Le 22 juin 1806, naitra au chateau cette fois le troisiéme enfant du couple, Camille Georges BASTIDE.

carte de 1890

Aux pieds des collines, sur le chemin qui va à Sormiou, s’élève donc désormais vers 1806 un château aux murailles jaunes et aux toits d’ardoise si rare en Provence ou vit une famille heureuse. 

Ce chateau comporte un toit avec deux pavillons ou flèches. Une vaste terrasse surplombant des jardins y donne accès d’où on aperçoit la mer.

La façade postérieure, prolongée d’une orangerie, ouvre ses fenêtres sur les bois de pins qui entourent le château et s’élèvent en amphithéâtre au flanc de la colline ou il s’adosse.

Bâti sur un terrain sablonneux et dépourvu d'eau (hormis une petite rigole fournissant 0,50 centimètre cube d'eau par seconde), ce château n'a rien de monumental. Pourtant, le bâtiment central avec sa rotonde et sa galerie a fière allure. L'intérieur également est superbe, il comprend de nombreuses pièces.
En 1811, avec l'achat par le roi, l'ordonnance du chateau y sera ensuite toute espagnole: Boudoirs élégants, galeries mytérieuses, tapis qui assourdissent les pas, divans moelleux qui invitent au repos, tout y respire le bien être le luxe et le calme.
L'aile Est abrite la salle à manger, la salle de billard et les cuisines. L'aile Ouest possède un superbe salon et un avant-salon ou des glaces splendides répètent mille fois l'image des cristaux et des bronzes. Huit jolis tableaux y retracent des scénes espagnoles pleines de fraicheur avec parmi elles un clair de lune du plus bel effet.

De cette galerie on passe dans le salon dont la décoration annonce autant le gout que la richesse. Pourtant l'objet principal de cet ameublement choisi sera alors un vieux fauteuil rose où le roi aime s'étendre pour y faire sa sieste.

La galerie d’honneur possède une fort belle cheminée de marbre blanc ornée de frise de bronze ajouré et dont le sol est recouvert de carreaux de MOUSTIER d’une couleur et d’un décor charmant.

Un bel escalier avec une rampe en fer forgé travaillée conduit au premier étage où l'on retrouve diverses chambres, une bibliothèque et une salle de bain.


 

A l'extérieur, coté nord, une grande terrasse donc avec balustres donne sur un jardin qui comporte quatre bassins dont un très grand avec une cascade. Les statues des trois Grâces, de Jupiter et du dieu Pan trônent dans les allées bordées de cyprès et une grande tonelle se cache derrière de superbes Mélézes. Une orangerie et des serres complétent la belle et luxueuse proprièté.

L'accès au domaine se fait par une large grille d'entrée ouvrant sur le chemin de Sormiou elle est encadrée par des piliers supportant des vases en pierre sculptée.
Des écuries spacieuses et une faisanderie complètent le domaine qui s'étend à perte de vue vers les collines environnantes. L'essentiel des terrains sert à l'exploitation agricole mais des postes de chasse sont aménagés.


Entre 1808 et 1809, le couple BASTIDE et ses trois enfants rentre à MARSEILLE, rue GRIGNAN.

Peut-être pour raisons financière, par commodité ou tout autre raison inconnue à ce jour, le chateau est fermé. Un quatrième enfant, une fille, Jeanne-Claire nait le 23/01/1808 à l'appartement de la rue grignan.

Le troisième enfant BASTIDE décéde, rue GRIGNAN, le 11 mars 1809 et sera inhumé dans la pyramide au chateau. Un autre fils, Louis, naitra ensuite en 1813.

Le 1er novembre 1810, monsieur BASTIDE fit donc porter au roi d'Espagne, qui louait le domaine depuis mi 1809, une proposition de vente de son domaine. Le roi attendit trois mois avant de se décider à acheter cette propriété.

Après le décés de son fils, le couple bastide, au milieu de l'année 1809 avait décidé de rentrer à Marseille.

Le 26 février 1811, il est donc acheté par le roi d'Espagne Charles IV, en exil en Provence (Le roi fréquentait déjà le château depuis 1809). Les archives de la ville indiquent que le Sieur Dominique BASTIDE a vendu à Charles IX, représenté par Manuel GODOY, le 26/02/1811 un domaine de 16.456 ares (170 ha) avec le château et ses dépendances, la maison du fermier, celle du valet de ferme, deux postes de chasse, une réserve de cailles, l'ensemble du mobilier et du matériel pour la somme totale de 200.000 frs (dont 50.000 rien que pour le mobilier).

Sa Majesté passait ses journées dans le parc du château à se promener, en famille et avec une nombreuse suite, à regarder la mer de la terrasse de la propriété ou à faire d'interminables balades dans le parc boisé du château. En fait, le parc du chateau est surtout une immense pinède seulement arrêtée par la barrière naturelle des collines de "Marseilleveire". Ces collines sont boisées  et verdoyantes même dans leurs escarpements les plus inaccessibles.

Le roi s'était attaché à cette propriété calme et éloignée de l'agitation de Marseille. Mais, malgré la beauté des lieux, le Roi et sa suite quittent le château pour Rome en 1812 (pour raisons politiques) où ils s'établiront définitivement.
Suite à son passage, les armes du royaume d'Espagne ont été sculptées au dessus de la porte d'entrée. Le portail et ses pylonnes auraient, selon certains témoignages été démontés un jour et transportés dans une propriété Bretonne. Selon d'autres témoignages il serait pourtant beaucoup plus proche de nous toujours en service devant une villa des alentours du quartier.

Dans le parc, on rencontrait trois monuments bien différents :
LE TEMPLE : c'était une petite construction circulaire entourée d'une colonnade perçée de quatre ouvertures symétriques. Un portique de quatre colonnes soutenait un fronton triangulaire. Il s'élevait sur une roche et on y arrivait par une allée de cyprès et un grand escalier. A l'intérieur, du marbre, des mosaiques et des fresques décoraient les murs enduits d'un badigeon rougeatre. Plus rien ne subsiste aujourd'hui. Une carte de 1820 le situe approximativement entre le village SOS actuel et l'école Granados.



LA PYRAMIDE : Cette pyramide de six métres de hauteur fût un tombeau de famille construit sous cette forme, par Monsieur Dominique BASTIDE pour y inhumer le corps de son fils puis de sa femme. Le petit garçon Camille Georges BASTIDE, fils de Dominique BASTIDE et d'Henriette DUSAULX, décédé le 11 mars 1809 à l'age de deux ans et huit mois y fut déposé. Plus tard les dépouilles furent transportées au cimetière Saint Charles puis lors de sa démolition vers Saint Pierre. Celle-ci existe encore, vous pouvez la voir près de la route à coté du village SOS (entre les allées Chabrier et Morandat). Malgré ses deux cent ans elle est assez bien conservée. Enserrée par les pins dont certains ont même poussé directement sur ses murs, elle subit malheureusement l'activité des vandales et taggueurs qui, vexés de trouver l'accès muré, ont entamé un mur sur une face.

La pyramide vers 1900


La pyramide aujourd'hui

LE MOULIN : Très peu d'informations sur cette construction. Son nom suppose une activité industrielle. Cette éolienne, un moulin hollandais en fait, fut transformée en salle verte lors du passage royal et conserva jusqu'au début du XIXéme siècle des peintures décoratives. Plus rien ne subsiste aujourd'hui.

A la mort du roi Charles IV, en 1819, le domaine revint à son héritier le roi Ferdinand VII d'Espagne qui le céda à Jean-Marie CHOPPIN* le 12 juillet 1821.

*M. Jean-Marie Choppin est un négociant né à Lyon, demeurant à Marseille. Il y achète une maison en ville en 1818 et le château en 1821 et le revend en 1824, il était encore à Marseille en 1846. Il était marié avec Marie-Céleste Cénas, le mariage a été célébré à la Nouvelle-Orléans en octobre 1803.  (bureau des hypothèques de Marseille, répertoire des formalités : volume 126, case 57 ; relevé des actes d'achat et de vente et références des transcriptions des actes notariés qui portent des mentions d'état civil, cote AD13=4Q2 8944). Il sera adjoint au maire de Marseille dans les années 1830. Il est décédé à Aubagne (Bouches-du-Rhône) en juin 1851 à l'âge de 73 ans (naissance +/- 1778).

Choppin le revendit le 22 avril 1824 à Richard Clarck Downer de nationalité Britannique, géographe, membre de la "Royal Geographical Society". Après le décès de celui-ci, il est acheté le 11 avril 1829 par Magloire Guichard, puis c'est la famille Double qui le possède par l'intermédiaire de Mme Marie ROMAGNAC veuve de Monsieur Joseph-Sulpice DOUBLE du 18 octobre 1836 à 1870. Le fils DOUBLE, Emile DOUBLE de SAINT LAMBERT en hérite et le conserve jusqu'en 1923 date à laquelle il passe aux mains des Jourdan-Barry déjà détenteur de propièté MUSSO mitoyenne.

Pendant la guerre de 14-18 des soldats hindous y furent cantonnés. Une épidémie fit alors des ravages et de spectaculaires cérémonies funéraires furent organisées. Comme sur les bords du Gange, des processions, suivies par les habitants des environs, allaient jusqu'aux rochers de La Madrague où les corps étaient brûles sur des bûchers et les cendres dispersées dans la mer.
Derniers hôtes du parc du château, au début des années 60 avant que ne s'élèvent les petits immeubles de la première tranche, des gitans installèrent leurs roulottes parmi les pins, les genêts, les fleurs sauvages à l'ombre du château. Ils n'étaient pas toujours seuls, des cavaliers et des amazones sillonnaient les allées et les sentiers du parc pendant que des couples d'amoureux trouvaient de tendres abris dans les fourrés.

Le chateau fut détruit après la guerre de 40 (certainement aux alentours de 1946, recherches en cours à ce jour)
Les JOURDAN-BARRY furent les derniers propriétaires du parc qui cédérent l'immense domaine (la propriété du Roi d'Espagne et le chateau Musso et les terres), à la caisse des dépots et consignations en 1958.

Ils finirent dans les mains des promoteurs qui morcelèrent le domaine et commencèrent à contruire les immeubles que nous connaissons tous en 1959.

Le domaine gardera, malgré tout, le nom que lui ont donné les habitants des environs : Celui du Roi d'espagne.

Aujourd'hui, le château du Roi d'Espagne n'existe plus que dans la mémoire collectives et dans ces pages. Sur son emplacement a été construit, en 1968, le collège du ... Roy d'Espagne
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L'emplacement du château : Aujourd'hui les terrains de sport du collége du Roy d'Espagne

Pour l'histoire, restera dans la postérité cette phrase dans une lettre de la reine JULIE CLARY, femme de JOSEPH BONAPARTE, roi d'ESPAGNE à la reine de SUEDE, sa soeur la Marseillaise Désiré CLARY vers 1809 :

" La femme de Charles IV est exilée avec son royal époux à Marseille comme je le suis à Madrid. La politique aura fait deux malheureuses. Que ne puis-je rendre à Marie-Louise de Parme son pays et reprendre le mien. Je changerai bien volontiers mon triste Escurial pour sa riante bastide de Mazargues"

Deux Marseillaises, reines de deux grands pays, révaient déjà d'habiter ici !