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Le quartier du Roy d’Espagne dispose du statut
«non-officiel » de quartier de MARSEILLE
depuis peu. Dans le langage courant des Marseillais, c’est
seulement depuis une quarantaine d’année que ce nom
représente un quartier.
Avant, c’était un
« lieu dit ». Un lieu du nom d’un
très médiatique propriétaire d’un
château légendaire et d’un immense domaine
dépendant de la commune voisine de
MAZARGUES.
Le Roy d’Espagne ne fait pas partie
des 111 quartiers historiques de la ville de Marseille.
Pourtant, aujourd’hui, c’est devenu un vrai quartier, bien
plus important d'ailleurs que certains quartiers historiques, avec sa
propre identité, ses commerces, sa chapelle, ses
vieux habitants assis sur les bancs et sa propre (jeune)
histoire.
Pour raconter sa fondation, sa jeunesse et sa
traversée des années 60, il est important de
le situer par rapport à ses deux grands voisins que
sont MAZARGUES et BONNEVEINE qui eux font parti du fameux
club des 111.
Au centre du triangle MAZARGUES,
BONNEVEINE et MARSEILLEVEYRE se trouve donc le ROY
d’Espagne. Passons très rapidement sur MARSEILLEVEYRE
(le splendide massif des calanques non habité) et
intéressons-nous aux deux villages.
Les textes anciens décrivent
MAZARGUES & BONNEVEINE ainsi que leurs environs
immédiats comme des villages charmants aux endroits
idylliques et aux collines boisés où l’eau
coulait en abondance.
Entre le 17éme et le
19éme siècle, c’est dans les
périphéries de ces deux villages que les
Marseillais d’alors recherchaient des terres pour y
édifier des bastides où ils passaient ensuite
tranquillement leurs jours de repos. C’était à
l’époque un signe de réussite que de pouvoir
goûter en famille aux joies de la campagne.
Fin 1800, les campagnes de BONNEVEINE
et de MAZARGUES, n’étaient qu’un immense labyrinthe
de chemins tourmentés, de jardins et de vergers.
Guère peuplé, en 1818 MAZARGUES ne comptait
que 1.200 habitants (2.934 en 1876), ces villages connurent
ensuite une rapide expansion avec le développement des
moyens de transport.
En avril 1876, fut inaugurée la
ligne de tramways à chevaux Castellane-Bonneveine. La
vapeur remplaça plus tard les chevaux et en 1899 la
ligne fut électrifiée.
A partir de 1900, bien aidé par
la forte colonie de travailleurs immigrés Italiens,
Piémontais pour la plupart, ces campagnes devinrent
peu à peu les jardins maraîchers de
MARSEILLE.
Avec l’extension des cultures, l’eau
devint nettement insuffisante malgré les nombreux
puits existants ici et là. La société
des eaux creusa alors le fameux canal qui traverse le
quartier et que l’on peut toujours voir en se promenant au Roy
d’Espagne.
La distribution de l’eau se faisait en
permanence par les « gadies »
responsables de l’ouverture des vannes. Aussi voyait-on
souvent à minuit, les paysans arroser leurs jardins,
car s’ils laissaient passer leur tour, il fallait ensuite
attendre un ou deux jours pour de nouveau avoir accès
au précieux liquide. C’est pour cette raison qu’ils
construisirent ensuite un peu partout des bassins de retenu
pour avoir une plus grande autonomie.
La vie était rude pour ces gens
à cette époque. Ils se levaient et partaient,
chaque jour à trois heures du matin, en toute saison,
vendre leurs récoltes au marché de gros qui se
tenait à la Plaine.
Comme j’ai pu l’expliquer, par
ailleurs, sur la page concernant le château du roi
d’Espagne, Dominique BASTIDE fit donc construire sa demeure
sur les terres de MAZARGUES en 1801.
Au fil des ans, et après le
passage du roi, les campagnes situées entre
BONNEVEINE et MAZARGUES prirent peu à peu, par
habitude, le nom de «ROI
D’ESPAGNE».
Cette appellation entra
profondément dans le langage des gens du secteur et
définissait, en 1924, toutes les terres et
habitations situées sur les deux domaines
accolés: le domaine BARRY (ancienne
propriété BASTIDE et du roi Charles IV
d’ESPAGNE) et le domaine MUSSO.
L’ensemble représentait
plus de 200 ha (214ha 57a 29ca exactement) au sud des traverses MUSSO et LE MEE,
à droite du « chemin du roi
d’Espagne » menant à Sormiou jusqu’à
la traverse PIEROTTI montant à « fontaine
de VOIRE ».
Le château du roi d’Espagne
était situé à l’emplacement des
terrains de sports de l’actuel collège du Roy
d’Espagne et le château MUSSO construit approximativement
à la hauteur du 17 boulevard Vélasquez dans
les résidences actuelles.
Au début des années 1900, Le
parc actuel n’était qu’une grande sablière,
gérée par la société de MONTREDON,
où il existait même un four à céramique.
Pendant la guerre de 14, ici a
été cantonnée une partie de l’armée des indes
Anglaise. Jusqu’en 1958, c’était un lieu calme de
promenades et une voie de pénétration des
excursionnistes dans le massif de MARSEILLEVEYRE.
Ces terres avaient pendant des
siècles connues une très lente
évolution, une faible démographie et la
topographie des lieux resta quasiment la même
jusqu’à la fin des années 1950.
C’était désormais
terminé et la fin d’une époque.
Ces deux vieilles propriétés
furent acquisent par la Caisse des dépots et Consignations en
juillet 1958 auprès des BARRY vieille famille estimée de
MARSEILLE.
Toutefois, au moment de cette acquisition,
les propriétaires n'y demeuraient pas. En effet, à part
quelques fermettes exploitées par les maraichers ou
éleveurs, les deux batisses étaient en ruine. Le chateau
du Roi d'Espagne n'était qu'un véritable roncier
d'où émergeait, ça et là, quelques pans de
murs. le chateau Musso était juste en meilleur état;
c'était une grosse batisse occupée par quelques familles
de gitans qu'on eut toutes les peines du monde à déloger
et à reloger ensuite ailleurs.
Juste avant la révolution
immobilière du secteur de 1959 donc, le domaine possedait deux
entrées; celle du Roi d'Espagne, flanquée sur sa droite
de la maison du garde Monsieur LAGIER, de celle du jardinier Monsieur
VATINET et d'une tour qui dut certainement servir à
l'époque de pigeonnier.
Le chateau Musso avait son entrée
sur la traverse POURRIERES. De grandes grilles l'ornait et une
allée de pins majestueux bordait la voie d'accés au
chateau. Helas ces beaux arbres n'ont pas survécu au froid et
aux travaux du futur quartier actuel. L'allée se poursuivait, au
delà du chateau, à l'emplacement exact de l'actuel
boulevard VELASQUEZ, jusqu'au canal. Des marroniers gigantesques en
bordaient alors ses cotés.
Plusieurs fermettes donc étaient
installées sur l'actuel emplacement des divers batiments
d'habitations: Sur la première tranche, au environ du batiment 1
(1 allée Goya) il y avait deux fermes occupées par
Messieurs GERVASONE et LERDA. Sur la deuxième tranche, aux
environs du 3 allée Albeniz, se trouvait la ferme
exploitée par monsieur GOBERT. Les fermiers s'adonnaient aux
cultures maraichères traditionnelles de légumes.
Sur le terrain du chateau du roi d'Espagne
se trouvait la ferme FINA. près du secteur des villas et au bout
du prés face au chateau se trouvait une seconde ferme GOBERT.
Enfin, pour terminer, les fermes SANTI et STABLE étaient
situées au bord du chemin du Roy d'ESPAGNE actuel, au bout
près de l'entrée actuelle du quartier coté des
ex-bureaux.
A cet emplacement, des villas et des
bureaux, se trouvait une piste d'entrainement d'une
société hippique pour les cheveaux de course.
le canal de Marseille, aujourd'hui couvert,
traverssait à l'air libre à l'époque tous ces
champs. Il est toujours là de nos jours mais couvert par les
promoteurs pour la sécurité des enfants. De nombreuses
rigoles d'irrigations sillonaient alors les près pour en
répartir l'eau dans les fermes. des bassins étaient
construits ici et là (il en existe encore un dans une
propriété proche du gymnase du collége) et
même un petit lac au dessus du chateau du roi.
La société des eaux de la
ville posséde même dans le quartier une station de pompage
(toujours présente, devant le village SOS) ou le bruit sourd et
cadencé des machines se faisait encore entendre jusqu'à
la fin des années 70. Quelques puits aussi dans le secteur dont
celui du chateau MUSSO utilisé par les gitans squatteurs des
années 50 jusqu'à leur expulsion.
1959 fut donc l’année du grand
changement, de la création du quartier et des grands
chantiers de constructions.
La Société Centrale
Immobiliére de la Caisse des Dépots ( la fameuse SCIC)
entreprit alors ses chantiers de constructions. Elle commença
par le plus commode, soit la partie à peut prés plane ,
proche de BONNEVEINE.
De 1959 à 1961, fut
édifié la première tranche de 430
logements. La deuxième tranche de 380 logements sort
de terre entre 1962 et 1964. Entre ces deux périodes,
le centre commercial sera construit, les tours
apparaîtront en 1969.
Au début, aucune école,
aucun commerce. Tous était centralisé à
BONNEVEINE et au LAPIN BLANC. Cette situation difficile
amène les mères de famille à se
rencontrer, s’organiser et s’entraider pour les
accompagnements d’enfants et les courses.
On assiste à la naissance d’une
vie sociale avec la naissance en avril 1966 de l’association
du centre socio culturel du Roy d’Espagne.
Au début des années 60,
l’Eglise aussi a des difficultés d’installation. Le
père PLANTAGENET rachète, en 1965, la baraque
en tôle, ex-cantine des chantiers de construction,
située dans le vallon de l’actuel village S.OS. Il la
transformera, avec l’aide de ses paroissiens, en chapelle
provisoire.
Elle deviendra rapidement un lieu de
vie et d’accueil très agréable. La vie
religieuse et culturelle s’y organise: offices, cultes, mais
aussi concerts, conférences, réunions et
arbres de Noël s‘y déroulent en
alternance.
Il y faisait, paraît-il,
très chaud en été et très froid
en hiver.
En 1971, la construction du village
SOS entraîne la destruction de la baraque-chapelle.
Grâce à l’aide de la SCIC (entreprise qui a
construit le parc) la communauté chrétienne
trouve refuge successivement dans les sous-sols des tours 4,
puis 7 puis 9.
Lentement le projet de création
d’une chapelle fait son chemin. La première pierre
fut posée en 1976 et elle fut achevée,
inaugurée et bénite le 23 avril
1977.
Bien avant, en 1963, un projet
pharaonique d’une tour de 40 étages avec une
église, avec un budget de près de 300 millions
de francs de l’époque, avait été
déposé par des architectes. Heureusement
celui-ci fut refusé par les décideurs du
moment.
La chapelle actuelle a connu de grands
rassemblements religieux. Elle a aussi accueilli des
concerts, des conférences comme sa petite
devancière, mais aussi plus surprenant, des
séances de cinéma, tous les dimanches jusqu’en
1984.
En dix ans, le quartier est sorti de
terre tel une ville champignon du temps de la fièvre
de l’or en Amérique.
De l’or, au Roy d’Espagne, il n’y en a
jamais eu, mais la fièvre, au début,
était bien là.
En témoigne la lecture d’un
bulletin de liaison du CIQ de BONNEVEINE daté de vers
1970.
« .. La colline du parc du
Roy d’Espagne était restée jusqu’alors une
jolie colline aux lignes gracieuses, familières,
agréables aux yeux des nouveaux venus. Elle
disparaît aujourd’hui derrière d’énormes
tours de bétons qui la barrent de leur masse et
détruisent toute l’harmonie du massif de
Marseilleveyre … »
Apparemment, cette modification du
secteur n’a pas vraiment beaucoup plu à
l’époque dans le coin.
Thierry GARCIA - ©titidegun.fr / 1998-2008
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