LE ROY D'ESPAGNE
AVANT NOUS

DERNIERE MISE A JOUR :

24 octobre 2008

Le quartier du Roy d’Espagne dispose du statut «non-officiel » de quartier de MARSEILLE depuis peu. Dans le langage courant des Marseillais, c’est seulement depuis une quarantaine d’année que ce nom représente un quartier.

Avant, c’était un « lieu dit ». Un lieu du nom d’un très médiatique propriétaire d’un château légendaire et d’un immense domaine dépendant de la commune voisine de MAZARGUES.

Le Roy d’Espagne ne fait pas partie des 111 quartiers historiques de la ville de Marseille. Pourtant, aujourd’hui, c’est devenu un vrai quartier, bien plus important d'ailleurs que certains quartiers historiques, avec sa propre identité, ses commerces, sa chapelle, ses vieux habitants assis sur les bancs et sa propre (jeune) histoire.

Pour raconter sa fondation, sa jeunesse et sa traversée des années 60, il est important de le situer par rapport à ses deux grands voisins que sont MAZARGUES et BONNEVEINE qui eux font parti du fameux club des 111.

Au centre du triangle MAZARGUES, BONNEVEINE et MARSEILLEVEYRE se trouve donc le ROY d’Espagne. Passons très rapidement sur MARSEILLEVEYRE (le splendide massif des calanques non habité) et intéressons-nous aux deux villages.

Les textes anciens décrivent MAZARGUES & BONNEVEINE ainsi que leurs environs immédiats comme des villages charmants aux endroits idylliques et aux collines boisés où l’eau coulait en abondance.

Entre le 17éme et le 19éme siècle, c’est dans les périphéries de ces deux villages que les Marseillais d’alors recherchaient des terres pour y édifier des bastides où ils passaient ensuite tranquillement leurs jours de repos. C’était à l’époque un signe de réussite que de pouvoir goûter en famille aux joies de la campagne.

Fin 1800, les campagnes de BONNEVEINE et de MAZARGUES, n’étaient qu’un immense labyrinthe de chemins tourmentés, de jardins et de vergers. Guère peuplé, en 1818 MAZARGUES ne comptait que 1.200 habitants (2.934 en 1876), ces villages connurent ensuite une rapide expansion avec le développement des moyens de transport.

En avril 1876, fut inaugurée la ligne de tramways à chevaux Castellane-Bonneveine. La vapeur remplaça plus tard les chevaux et en 1899 la ligne fut électrifiée.

A partir de 1900, bien aidé par la forte colonie de travailleurs immigrés Italiens, Piémontais pour la plupart, ces campagnes devinrent peu à peu les jardins maraîchers de MARSEILLE.

Avec l’extension des cultures, l’eau devint nettement insuffisante malgré les nombreux puits existants ici et là. La société des eaux creusa alors le fameux canal qui traverse le quartier et que l’on peut toujours voir en se promenant au Roy d’Espagne.

La distribution de l’eau se faisait en permanence par les « gadies » responsables de l’ouverture des vannes. Aussi voyait-on souvent à minuit, les paysans arroser leurs jardins, car s’ils laissaient passer leur tour, il fallait ensuite attendre un ou deux jours pour de nouveau avoir accès au précieux liquide. C’est pour cette raison qu’ils construisirent ensuite un peu partout des bassins de retenu pour avoir une plus grande autonomie.

La vie était rude pour ces gens à cette époque. Ils se levaient et partaient, chaque jour à trois heures du matin, en toute saison, vendre leurs récoltes au marché de gros qui se tenait à la Plaine.

Comme j’ai pu l’expliquer, par ailleurs, sur la page concernant le château du roi d’Espagne, Dominique BASTIDE fit donc construire sa demeure sur les terres de MAZARGUES en 1801.

Au fil des ans, et après le passage du roi, les campagnes situées entre BONNEVEINE et MAZARGUES prirent peu à peu, par habitude, le nom de «ROI D’ESPAGNE».

Cette appellation entra profondément dans le langage des gens du secteur et définissait, en 1924, toutes les terres et habitations situées sur les deux domaines accolés: le domaine BARRY (ancienne propriété BASTIDE et du roi Charles IV d’ESPAGNE) et le domaine MUSSO.

L’ensemble représentait plus de 200 ha (214ha 57a 29ca exactement)  au sud des traverses MUSSO et LE MEE, à droite du « chemin du roi d’Espagne » menant à Sormiou jusqu’à la traverse PIEROTTI montant à « fontaine de VOIRE ».

Le château du roi d’Espagne était situé à l’emplacement des terrains de sports de l’actuel collège du Roy d’Espagne et le château MUSSO construit approximativement à la hauteur du 17 boulevard Vélasquez dans les résidences actuelles.

Au début des années 1900, Le parc actuel n’était qu’une grande sablière, gérée par la société de MONTREDON, où il existait même un four à céramique.

Pendant la guerre de 14, ici a été cantonnée une partie de l’armée des indes Anglaise. Jusqu’en 1958, c’était un lieu calme de promenades et une voie de pénétration des excursionnistes dans le massif de MARSEILLEVEYRE.

Ces terres avaient pendant des siècles connues une très lente évolution, une faible démographie et la topographie des lieux resta quasiment la même jusqu’à la fin des années 1950.

C’était désormais terminé et la fin d’une époque.

Ces deux vieilles propriétés furent acquisent par la Caisse des dépots et Consignations en juillet 1958 auprès des BARRY vieille famille estimée de MARSEILLE.

Toutefois, au moment de cette acquisition, les propriétaires n'y demeuraient pas. En effet, à part quelques fermettes exploitées par les maraichers ou éleveurs, les deux batisses étaient en ruine. Le chateau du Roi d'Espagne n'était qu'un véritable roncier d'où émergeait, ça et là, quelques pans de murs. le chateau Musso était juste en meilleur état; c'était une grosse batisse occupée par quelques familles de gitans qu'on eut toutes les peines du monde à déloger et à reloger ensuite ailleurs.

Juste avant la révolution immobilière du secteur de 1959 donc, le domaine possedait deux entrées; celle du Roi d'Espagne, flanquée sur sa droite de la maison du garde Monsieur LAGIER, de celle du jardinier Monsieur VATINET et d'une tour qui dut certainement servir à l'époque de pigeonnier. 

Le chateau Musso avait son entrée sur la traverse POURRIERES. De grandes grilles l'ornait et une allée de pins majestueux bordait la voie d'accés au chateau. Helas ces beaux arbres n'ont pas survécu au froid et aux travaux du futur quartier actuel. L'allée se poursuivait, au delà du chateau, à l'emplacement exact de l'actuel boulevard VELASQUEZ, jusqu'au canal. Des marroniers gigantesques en bordaient alors ses cotés.

Plusieurs fermettes donc étaient installées sur l'actuel emplacement des divers batiments d'habitations: Sur la première tranche, au environ du batiment 1 (1 allée Goya) il y avait deux fermes occupées par Messieurs GERVASONE et LERDA. Sur la deuxième tranche, aux environs du 3 allée Albeniz, se trouvait la ferme exploitée par monsieur GOBERT. Les fermiers s'adonnaient aux cultures maraichères traditionnelles de légumes.

Sur le terrain du chateau du roi d'Espagne se trouvait la ferme FINA. près du secteur des villas et au bout du prés face au chateau se trouvait une seconde ferme GOBERT. Enfin, pour terminer, les fermes SANTI et STABLE étaient situées au bord du chemin du Roy d'ESPAGNE actuel, au bout près de l'entrée actuelle du quartier coté des ex-bureaux.

A cet emplacement, des villas et des bureaux, se trouvait une piste d'entrainement d'une société hippique pour les cheveaux de course.

le canal de Marseille, aujourd'hui couvert, traverssait à l'air libre à l'époque tous ces champs. Il est toujours là de nos jours mais couvert par les promoteurs pour la sécurité des enfants. De nombreuses rigoles d'irrigations sillonaient alors les près pour en répartir l'eau dans les fermes. des bassins étaient construits ici et là (il en existe encore un dans une propriété proche du gymnase du collége) et même un petit lac au dessus du chateau du roi. 

La société des eaux de la ville posséde même dans le quartier une station de pompage (toujours présente, devant le village SOS) ou le bruit sourd et cadencé des machines se faisait encore entendre jusqu'à la fin des années 70. Quelques puits aussi dans le secteur dont celui du chateau MUSSO utilisé par les gitans squatteurs des années 50 jusqu'à leur expulsion.

1959 fut donc l’année du grand changement, de la création du quartier et des grands chantiers de constructions.

La Société Centrale Immobiliére de la Caisse des Dépots ( la fameuse SCIC) entreprit alors ses chantiers de constructions. Elle commença par le plus commode, soit la partie à peut prés plane , proche de BONNEVEINE.

De 1959 à 1961, fut édifié la première tranche de 430 logements. La deuxième tranche de 380 logements sort de terre entre 1962 et 1964. Entre ces deux périodes, le centre commercial sera construit, les tours apparaîtront en 1969.

Au début, aucune école, aucun commerce. Tous était centralisé à BONNEVEINE et au LAPIN BLANC. Cette situation difficile amène les mères de famille à se rencontrer, s’organiser et s’entraider pour les accompagnements d’enfants et les courses.

On assiste à la naissance d’une vie sociale avec la naissance en avril 1966 de l’association du centre socio culturel du Roy d’Espagne.

Au début des années 60, l’Eglise aussi a des difficultés d’installation. Le père PLANTAGENET rachète, en 1965, la baraque en tôle, ex-cantine des chantiers de construction, située dans le vallon de l’actuel village S.OS. Il la transformera, avec l’aide de ses paroissiens, en chapelle provisoire.

Elle deviendra rapidement un lieu de vie et d’accueil très agréable. La vie religieuse et culturelle s’y organise: offices, cultes, mais aussi concerts, conférences, réunions et arbres de Noël s‘y déroulent en alternance.

Il y faisait, paraît-il, très chaud en été et très froid en hiver.

En 1971, la construction du village SOS entraîne la destruction de la baraque-chapelle. Grâce à l’aide de la SCIC (entreprise qui a construit le parc) la communauté chrétienne trouve refuge successivement dans les sous-sols des tours 4, puis 7 puis 9.

Lentement le projet de création d’une chapelle fait son chemin. La première pierre fut posée en 1976 et elle fut achevée, inaugurée et bénite le 23 avril 1977.

Bien avant, en 1963, un projet pharaonique d’une tour de 40 étages avec une église, avec un budget de près de 300 millions de francs de l’époque, avait été déposé par des architectes. Heureusement celui-ci fut refusé par les décideurs du moment.

La chapelle actuelle a connu de grands rassemblements religieux. Elle a aussi accueilli des concerts, des conférences comme sa petite devancière, mais aussi plus surprenant, des séances de cinéma, tous les dimanches jusqu’en 1984.

En dix ans, le quartier est sorti de terre tel une ville champignon du temps de la fièvre de l’or en Amérique.

De l’or, au Roy d’Espagne, il n’y en a jamais eu, mais la fièvre, au début, était bien là.

En témoigne la lecture d’un bulletin de liaison du CIQ de BONNEVEINE daté de vers 1970.

« .. La colline du parc du Roy d’Espagne était restée jusqu’alors une jolie colline aux lignes gracieuses, familières, agréables aux yeux des nouveaux venus. Elle disparaît aujourd’hui derrière d’énormes tours de bétons qui la barrent de leur masse et détruisent toute l’harmonie du massif de Marseilleveyre … »

Apparemment, cette modification du secteur n’a pas vraiment beaucoup plu à l’époque dans le coin.

Thierry GARCIA - ©titidegun.fr / 1998-2008