|
A Marseille, dans le 8éme arrondissement de la ville, se trouve un site
historique absolument méconnu, complètement oublié même : L’oppidum de Marseilleveyre.
Ce site, étroitement attaché à la légende fondatrice de la ville de
GYPTIS et PROTIS, se situe, perché, dans les premiers contreforts du parc des
calanques, dans le massif de Marseilleveyre.
Signalé, et fouillé, pour la première fois par l’archéologue
Isidore GILLES en 1874, il fut successivement étudié et prospecté par BOUT
DE CHARLEMONT (un archéologue Belge de 1911 à 1914),
puis par G. DAUMAS vers 1930,
par P. AGOSTINI en 1965, en 1970 par JL. GARNIER et enfin en 1985 et 1991 par L-FR.GANTES.
Dans son célèbre livret de 1876 « MARSEILLE 3.000 ans d’histoire » l’archéologue ISIDORE
GILLES indique ceci : « …
l’habitat de la Fontaine d’Ivoire est riche en débris de poteries Celtiques.
Nous y avons trouvé plusieurs débris de meule en basalte boursouflé de
Beaulieu, et par exception un fragment de meule en granit rouge. Il n’y a pas
de traces de poteries Grecques, ce qui tendrait à prouver que la population de
cet habitat a été immédiatement chassée ou absorbée par les Marseillais ».
ISIDORE GILLES, d'après
les indications de son livre, semble n'avoir découvert des
vestiges que sur le secteur de FONTAINE d'IVOIRE (qui etait le centre des
fortifications totales) et à PASTRE.
Monsieur G.DAUMAS (en 1930),
sur les indications du livre d’Isidore
GILLES, a trouvé et fouillé les restes du centre de
cet oppidum qui s’étire en fait sur un vaste
dos d’âne calcaire sur le deuxième plateau
entre FONTAINE d'IVOIRE et PASTRE (haut-dessus de l’actuel quartier du
Roy d’Espagne et du lycée de MARSEILLEVEYRE).
Le site est actuellement localisable, assez facilement, grâce au mur (du 18éme siècle) qui le divise en deux
parties égales. DAUMAS a précisé que les nombreux débris de poteries trouvés
par GILLES ne marquaient non pas l’emplacement précis de l’oppidum mais bel et
bien le chemin qui le relie vers la source d’eau la plus proche qu’était
Fontaine d’Ivoire à cette époque (la source du puit du Lierre, actuellement la
plus proche du site, n’aurait été creusée que bien plus récemment, certainement
au 17éme siècle).
Emplacement précis du centre de l'oppidum disparu : plateau entre les deux falaises, la route de feu
et le mur rectiligne du 18éme qui coupe son milieu
DAUMAS indique : « …on
rencontre sur le sol de la poterie des oppida mais en
petits fragments,
toujours la même, en terre rougeâtre parsemée de
grains de calcite, bien cuite et très résistante,
appartenant plutôt à des vases de petites dimensions
qu’aux
grands dolias que l’on trouve ordinairement. On voit encore
une certaine
abondance de débris de meules et molettes à main en basalte. Nous y avons
recueilli un fragment de polissoir. »
En 1965, P AGOSTINI a encore bien plus précisé le site, en indiquant qu’il
surplombe le « val de Parengon ». Il a constaté qu’aucune
substruction n’est malheureusement visible au sol mais que celui-ci est jonché
de céramique Pré-Romaine et de fragments de meules en basalte. « …. Il est certain que ce site justifierait des
sondages sérieux » conclut-il !
En
1970, après plusieurs incendies, le sol débarrassé
de toutes
végétations, permit d’y découvrir des
céramiques indigènes et des céramiques
étrusques mais également des vestiges de murs
appartenant, semble-t-il à des
restes de remparts et à des fonds de cabanes. De nombreuses
traces d’un habitat
protohistorique marqué par les ruines altérées de
murets de cabanes, des
tessons de poteries et des fragments de meules ont été
relevés par les
chercheurs de l’époque.
A l’ouest du plateau central a été observé un rempart, constitué de
grands blocs non reliés mais alignés à proximité duquel se trouvent les ruines
d’une poterne formée par des blocs disposés en chicane donnant un accès vers le
bas du vallon et le chemin vers la mer. Ce grand mur ou plutôt ce rempart, toujours
visible de nos jours (pour des yeux bien entrainés néanmoins),se situe
vers 180 mètres d’altitude au dessus du « vallon des 3 Gancets » au sud-ouest du centre l’oppidum.
Monsieur JL GARNIER, dans sa « notice
sur l’oppidum de Marseilleveyre » réalisée en septembre 2000,
indique que le contrebas de ce rempart, la pente du vallon est parsemée de
galets étranger au sol interprétés comme « balles de fronde ». Cette affirmation tendrait donc à
nous laisser supposer que cet oppidum a donc bien été attaqué. En 2010, les
« Calancoeurs » (association de randonneurs historiens du
massif) ont également localisé, tout le long du
rempart en ruine, de nombreuses
caches à galets de fronde (voir photo).
Entre deux gros rochers, soulevant une grosse pierre moyenne de 30 centimétres,
on découvre des caches de galets de fronde, bien ronds et bien rangés, disposés là il y a 2600 ans !
En 1985 et en 1991, Monsieur GANTES a, à son tour, repris l’étude du
site dans le but de vérifier l’exactitude des observations réalisées en 1970
par monsieur JL GARNIER. L’essentiel des vestiges a été repéré autour de la
cote 222 sur ce qui est désigné par GARNIER comme « le plateau
central » au dessus de la falaise à qui il a donné son nom.
« …L’aire de l’oppidum,
indique DAUMAS, en 1934, occupe, sur les contreforts EST du massif de
Marseilleveyre, une étendue de plus de 300 mètres de long sur 100 mètres de
large. Quelques traces d’occupations ont néanmoins été observées plus au sud
jusqu’au niveau de la « ferme de Voire ».
Les seuls restes visibles donc, de cette fortification Salienne, sont
donc le mur de défense arasé à l’ouest du plateau mais également au nord-est du
site, entre la falaise nord et le mur de clôture du 18éme où se trouve les
vestiges d’un bâtiment d’environ 8 mètres sur
cinq aux murs arasés construits en gros bloc de calcaire
brut.
Cet oppidum, bien plus ancien que ceux plus récents et bien mieux
conservés que sont ENTREMONT (à AIX en Provence) et SAINT MARCEL (MARSEILLE 13010), était néanmoins bien plus étendu
que ceux-ci. On l’a vu plus haut, avec les travaux de DAUMAS, que le centre
était constitué d’une fortification de 300 mètres sur 100, stratégiquement
positionnée en bordure de falaises. Mais, on sait également, grâce aux recherches
de BOUT DE CHARLEMONT et d’ISIDORE GILLES, que tout le front Nord des calanques
était fortifié et habité. De l’actuel parc Pastré, où des murs immenses barraient
successivement le passage vers le vallon des 3 Gancets jusqu’aux trois vallons de Fontaine d’ivoire fortifiés et habités pour s’étirer ensuite jusqu’au col de
Sormiou également habité et fortifié.
Thierry GARCIA
Février 2011 © www. titidegun.fr
Courriel : Thierry-garcia@numericable.fr
"
Si vous allez sur le site, soyez respectueux. Si vous avez la chance de
trouver des caches à galets: faites alors, comme nous,
simplement quelques photos et reposez ensuite les rochers dessus. Que
feriez vous d'un galet sur votre étagére ? Asseyez-vous
plutôt sur le mur au soleil et, fermant les yeux, dans le calme
des calanques vous verrez alors certainement les massaliotes monter à
l'assaut de l'oppidum et les Celto-Ligures
le défendre. une
scène qui s'est déroulé ici ... il y a 2.500 ans "

Emplacement du mur près de 3 fois millénaire.

Base du vieux mur arrasé par les siècles

|