Je suis né dans cette grande et
belle ville où les hommes se succèdent, depuis plus de
26 siècles, 2600 ans de grandes et de petites histoires qui
ont façonné les bords du lacydon et des environs.
Rien
n’est figé et tout se transforme : Prés d’un million de
journées à construire, à aménager,
à embellir, à modifier ou à détruire ce
que chaque génération précédente avait
réalisé.
Ce sont les hommes qui font l’histoire,
ce sont eux qui la vivent et qui la racontent ensuite.
Quand j’étais petit, ma grand
mère maternelle me parlais souvent de son enfance dans le
quartier de Sainte Marguerite, dans le sud de Marseille. Elle me
racontait, avec force de détails, la vie des gens au
début des années 1900, les petits tracas de la vie
quotidienne (éléments irréels pour un gamin comme moi, né avec la
société de consommation).
Elle me décrivait ses
instants de bonheurs simples dans le petit commerce de mon
arrière grand-père cordonnier sur le boulevard Raymond
TEYSSEIRE (métro dromel devant le palais des sports, à
l'emplacement exact de l'actuel lavauto). Elle m'expliquait le
travail appliqué, à la lueur de sa lampe à
pétrole, de mon arrière grand-mère (Tailleur
pour Homme).
Moi, j’ouvrais grand les yeux et
j’écoutais religieusement, imaginant chaque scène,
buvant chaque parole comme un élixir magique capable de me
faire voyager dans le temps, de me faire survoler ces instants
mémorables. Je voyais nettement mon arrière
grand-Pépé, penché sur un soulier verni, des
petits clous entre les lèvres et le marteau à la main,
en train de changer les semelles du notable, en haut de forme qui se
tenait prés de lui. Dans l’arrière boutique un petit
bout de femme, assise sur un tabouret s’affaire sur un costume de
milord. Elle se dépêche car la commande est urgente et
le soleil, source gratuite de lumière, perd de sa flamboyance
en cette fin de journée.
Des campagnes de Sainte marguerite au
cabaret du château des fleurs, des deux guerres à la
télévision, de la charette à tinette à
l’arrivée de la fée électricité ma mamie
m’a tout raconté. Merci Mamie de la collection d’images
virtuelles que tu m’as léguée. Dans ma tête,
celles-ci se sont automatiquement classées et me reviennent
à l’esprit à chaque fois que je circule dans la ville,
dans une rue, ou dans un endroit que tu m’as un jour décrit
à une autre époque.
Un événement m’a pourtant
marqué beaucoup plus que les autres :
J’aimais particulièrement quand
tu me parlais des expositions coloniales qui se sont
déroulées à Marseille en 1906 et 1922.
C’était alors toi qui me parlais
de ton émerveillement et de celui de tes parents. Toi qui te
disais ébahie par ces fruits exotiques, peu connus alors, par
ces gens bizzares, de toutes les couleurs, que tu dévisageais
avec étonnement. Par ces constructions magiques et ces
costumes de fêtes que tu admirais. Par ces danses inconnues et
ces objets nouveaux que tu observais incrédule.
J’imaginais ton étonnement et ta
stupéfaction. j’imaginais également ces expositions
fabuleuses, sortes de parcs d’attractions avant-gardistes où
les objets exposés n’étaient pas de pacotilles et les
personnages à l’intérieur de vulgaires comédiens
payés à la journée.
Non, c’était de l'authentique,
de véritables autochtones qui reproduisaient simplement leur
quotidien d’au delà des mers sur d’autres continents. Des gens
habillés avec leur costume de tous les jours que l’on qualifie
aujourd’hui de folklorique.
C’était hier, c'était il
y un peu plus de 100 ans : tout un concentré
de l’empire colonial Français que l’on pouvait visiter, non
pas en s’embarquant au long court mais après une courte
traversée de ferry-boat et une magnifique ballade en tramway,
pour trois sous, sur la corniche.
Pour toi Mamie : pas de long trajet,
puisque tu habitais à quelques centaines de mètres
à peine de l'actuel parc Chanot où se sont
déroulés ces magnifiques expositions.
C'était en 1906 et en 1922.
Pour la première fois, en 1906, la France organisait, avec
faste, une vitrine de ses territoires coloniaux.
Elle le fit à Marseille. Les
terrains militaires du rond point du prado furent choisis comme site.
Sur 24 hectares entre le boulevard rabatau et le jarret (sur
l’emplacement actuel de la foire et du stade vélodrome) allait
se dérouler pendant plus de six mois la plus fabuleuse
exposition que Marseille ait jamais connue.
Imaginez ...
vous êtes aujourd'hui le 15 avril
1906, le jour de l'ouverture au public.
Hier, c'était l'inauguration
officielle et solennelle par Monsieur Amable CHANOT, maire de
Marseille.
Autour de vous une foule compacte se
presse en habits du dimanche. Les attelages circulent par centaines
autour du rond point du prado et vous, vous passez maintenant les
grilles gigantesques de l'exposition.
On vous composte votre ticket et en
avant pour la visite.