A ma Mamie ...



Je suis venu au monde à Marseille, dans cette ville merveilleuse ou le bleu du ciel se confond avec le bleu de la mer, la seule ville au monde où, dit-on, il est possible d'entendre les cigales chanter le jour de Noël.

Fils d’un marseillais de Saint Loup et d’une marseillaise de Saint Giniez, issu de grands-parents immigrés d’Italie et d’Espagne, je vis le jour dans le 8éme arrondissement de la cité où je demeure toujours aujourd’hui.

Je suis né dans cette grande et belle ville où les hommes se succèdent, depuis plus de 26 siècles, 2600 ans de grandes et de petites histoires qui ont façonné les bords du lacydon et des environs.

Rien n’est figé et tout se transforme : Prés d’un million de journées à construire, à aménager, à embellir, à modifier ou à détruire ce que chaque génération précédente avait réalisé.


Ce sont les hommes qui font l’histoire, ce sont eux qui la vivent et qui la racontent ensuite.

Quand j’étais petit, ma grand mère maternelle me parlais souvent de son enfance dans le quartier de Sainte Marguerite, dans le sud de Marseille. Elle me racontait, avec force de détails, la vie des gens au début des années 1900, les petits tracas de la vie quotidienne (éléments irréels pour un gamin comme moi, né avec la société de consommation).

Elle me décrivait ses instants de bonheurs simples dans le petit commerce de mon arrière grand-père cordonnier sur le boulevard Raymond TEYSSEIRE (métro dromel devant le palais des sports, à l'emplacement exact de l'actuel lavauto). Elle m'expliquait le travail appliqué, à la lueur de sa lampe à pétrole, de mon arrière grand-mère (Tailleur pour Homme).


Moi, j’ouvrais grand les yeux et j’écoutais religieusement, imaginant chaque scène, buvant chaque parole comme un élixir magique capable de me faire voyager dans le temps, de me faire survoler ces instants mémorables. Je voyais nettement mon arrière grand-Pépé, penché sur un soulier verni, des petits clous entre les lèvres et le marteau à la main, en train de changer les semelles du notable, en haut de forme qui se tenait prés de lui. Dans l’arrière boutique un petit bout de femme, assise sur un tabouret s’affaire sur un costume de milord. Elle se dépêche car la commande est urgente et le soleil, source gratuite de lumière, perd de sa flamboyance en cette fin de journée.

Des campagnes de Sainte marguerite au cabaret du château des fleurs, des deux guerres à la télévision, de la charette à tinette à l’arrivée de la fée électricité ma mamie m’a tout raconté. Merci Mamie de la collection d’images virtuelles que tu m’as léguée. Dans ma tête, celles-ci se sont automatiquement classées et me reviennent à l’esprit à chaque fois que je circule dans la ville, dans une rue, ou dans un endroit que tu m’as un jour décrit à une autre époque.

Un événement m’a pourtant marqué beaucoup plus que les autres :

J’aimais particulièrement quand tu me parlais des expositions coloniales qui se sont déroulées à Marseille en 1906 et 1922.

C’était alors toi qui me parlais de ton émerveillement et de celui de tes parents. Toi qui te disais ébahie par ces fruits exotiques, peu connus alors, par ces gens bizzares, de toutes les couleurs, que tu dévisageais avec étonnement. Par ces constructions magiques et ces costumes de fêtes que tu admirais. Par ces danses inconnues et ces objets nouveaux que tu observais incrédule.

J’imaginais ton étonnement et ta stupéfaction. j’imaginais également ces expositions fabuleuses, sortes de parcs d’attractions avant-gardistes où les objets exposés n’étaient pas de pacotilles et les personnages à l’intérieur de vulgaires comédiens payés à la journée.

Non, c’était de l'authentique, de véritables autochtones qui reproduisaient simplement leur quotidien d’au delà des mers sur d’autres continents. Des gens habillés avec leur costume de tous les jours que l’on qualifie aujourd’hui de folklorique.

C’était hier, c'était il y un peu plus de 100 ans : tout un concentré de l’empire colonial Français que l’on pouvait visiter, non pas en s’embarquant au long court mais après une courte traversée de ferry-boat et une magnifique ballade en tramway, pour trois sous, sur la corniche.

Pour toi Mamie : pas de long trajet, puisque tu habitais à quelques centaines de mètres à peine de l'actuel parc Chanot où se sont déroulés ces magnifiques expositions.

C'était en 1906 et en 1922.

Pour la première fois, en 1906, la France organisait, avec faste, une vitrine de ses territoires coloniaux.
Elle le fit à Marseille. Les terrains militaires du rond point du prado furent choisis comme site. Sur 24 hectares entre le boulevard rabatau et le jarret (sur l’emplacement actuel de la foire et du stade vélodrome) allait se dérouler pendant plus de six mois la plus fabuleuse exposition que Marseille ait jamais connue.


Imaginez ...

vous êtes aujourd'hui le 15 avril 1906, le jour de l'ouverture au public.

Hier, c'était l'inauguration officielle et solennelle par Monsieur Amable CHANOT, maire de Marseille.

Autour de vous une foule compacte se presse en habits du dimanche. Les attelages circulent par centaines autour du rond point du prado et vous, vous passez maintenant les grilles gigantesques de l'exposition.

On vous composte votre ticket et en avant pour la visite.

 EXPOSITION COLONIALE
DE MARSEILLE 1906